Grâce à Renaud Camus et aux éditions P.O.L,
une grave injustice historique enfin réparée avec la publication de
Roman Roi
Le texte que publient aujourd'hui Renaud Camus et les éditions P.O.L. contribuera, il faut l'espérer, à réparer une injustice de l'histoire : l'oubli immérité qui recouvre Roman II, roi de Caronie de 1927 à 1930, puis de 1933 à 1948. Cet oubli ne fait que refléter, d'ailleurs, la curieuse opération à laquelle se livrent les autorités actuelles de la République populaire de Caronie, et qui consiste, en somme, à substituer une Histoire à une autre. Loin de nous de prétendre que celle qui est enseignée de nos jours dans les écoles du pays, et qu'exposent à l'étranger les nombreux volumes diffusés par les soins du présent régime soit imaginaire. Non. Les grèves, les mouvements ouvriers, les formations de syndicats, les luttes prolétariennes dont cette Histoire désormais officielle fait état ont sans doute existé. Mais sans doute aussi n'ont-ils pas eu l'importance qu'on leur donne maintenant. Du moins les contemporains, abusés à leur manière, peut-être, mais en sens inverse, ne les ont-ils guère remarqués. Ils vivaient une autre Histoire, où s'agitaient d'autres personnages, qui nous sont aujourd'hui restitués.
Roman
naît en 1920, au manoir d'Arkel, dans les
Alares. En 1927, à la surprise
générale, il succède à son
grand-père, le roi Frédéric II, son
père, le prince Pierre, formidable héros de
la Grande Guerre, s'étant vu refuser la couronne, en
grande partie à cause de ses amours tumultueuses
avec la superbe et provocante Lauta Marescka. Mais Pierre,
tombé littéralement du ciel en 1931 –
à bord, précisément, d'un Titan-190
immatriculé en Suisse –, écarte son fils
du trône et l'y remplace : ce n'est que pour
être assassiné deux ans plus tard. Roman,
à treize ans, devient alors roi pour la seconde
fois, et de nouveau sous la régence de son oncle, le
prince Paul. Sur un fond de luttes sanglantes entre ligues
nationalistes rivales, dont la plus tristement fameuse est
l'Arc Noir, le Régent institue progressivement une
dictature personnelle, pompeusement imitée du
fascisme et du nazisme.
Roman
II, à sa majorité légale, en
1938, restaure la démocratie parlementaire et
revient aux alliances traditionnelles de son pays avec les
démocraties occidentales. Seule des États de
l'ex-petite Entente, la Caronie déclare la guerre
à l'Allemagne, en 1939. Vaincue, elle confie son
destin à son souverain de vingt ans, le 10 juillet
1940. Le Roi doit alors faire face aux exigences d'abord
conjuguées des Allemands et des Soviétiques,
ainsi qu'à l'agitation des ligues, qui reprend sous
la protection du Führer. Le vieux maréchal
Warholmeck, appelé au pouvoir en septembre,
entraîne peu à peu le royaume dans la mouvance
allemande et, pour recouvrer les provinces orientales
perdues, déclare la guerre à l'Union
Soviétique.
Le 8 août 1944, Roman II fait arrêter le maréchal et, derechef, restaure la liberté dans son pays. Il donne l'ordre à ses troupes de reprendre le combat contre l'Allemagne, cette fois aux côtés des Soviétiques. Ceux-ci n'en contribuent pas moins à lui faire perdre son trône, le 16 juin 1948. La monarchie caronienne sera alors, en Europe orientale, la dernière à s'effondrer.
Mais Roman Roi n'est pas seulement un document historique. C'est aussi un drame d'amour et d'aventures sur fond de guerre et de conspirations, le portrait, sensible et profondément humain, tracé par un de ses proches, d'un homme à la personnalité complexe et attachante, et une évocation chatoyante des figures hautes en couleurs qui jouèrent un rôle dans sa vie ou dans son règne, des « dames d'Arkel », ses aïeules, à son ami le marquis Hito, le jeune ambassadeur du Japon, de « l'Archange », Gabriel Nomarek, fondateur de l'Arc noir, au maréchal Warholmeck, sans oublier, bien sûr, la fascinante lady Diana Landsor, qui sera la dernière reine de Caronie.
• la généalogie du roi Roman II de Caronie
« J'ai souvent eu l'honneur, lorsque j'étais en poste à Back, juste avant la dernière guerre, d'être reçu par S. M. le roi Roman II. C'était un homme d'une grande séduction, extrêmement élégant, la courtoisie même, et qui parlait admirablement notre langue. Le charme de ses manières ne nuisait en rien à la force de sa résolution, dont un des exemples est sa fidélité obstinée, héritée de son père le glorieux Pierre Ier, à l'amitié française. Nous ne devons jamais oublier de quel prix considérable son royaume et lui-même ont payé leur attachement chevaleresque à notre pays. »
Son Exc. M. Arnaud du Pont de Revel,
Ambassadeur de France.
« J'ai toujours considéré le roi Roman comme une figure essentiellement tragique. Il était jeune, il était beau, il n'était pas bête, il était honnête et certainement plein de bonne volonté : mais il ne pouvait rien faire. À une autre époque, il aurait fait un grand roi ; à la sienne, et à sa place, un grand roi n'aurait pas fait mieux que lui. »
M. Pierre Dahu,
Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris XII,
auteur de La Caronie (PUF, Que sais-je).
« C'est un genre de personnage qui n'a aucun intérêt pour l'Histoire, mais qui en a peut-être pour la littérature, je n'en sais rien… "Roi" d'un pays où il n'était qu'un étranger, et dont la réalité lui échappait complètement, comme toutes les autres. Vivant parmi des fantoches entre des meubles faux, dans des bâtisses biscornues qui imitaient tous les styles du monde, sans jamais en avoir aucun. On pourrait écrire une petite épopée du toc, à partir de ça. Vous savez que le Palais Royal, à Back, ce n'était qu'une façade, et rien derrière ? On accédait au balcon d'honneur par un petit couloir de planches !… »
M. Vioslaw Ramitj,
Professeur d'histoire à l'Université de Proust.
« Roman de Caronie, c'est un homme qui s'est efforcé, par devoir je crois, d'incarner un personnage auquel il ne croyait peut-être même pas, et dont l'Histoire ne voulait plus. Ensuite, il n'a plus eu le choix qu'entre cela, qui n'était rien, et rien. Au fond, s'il m'a touché, c'est par son peu de sens, son manque de signification. On lui a dit un jour "Vous n'êtes rien", et il était terriblement tenté de le croire. C'est comme cela que nous nous sommes rencontrés. »
Denis Duparc,
écrivain.
« Roman de Saxe-Aarchen, en tant qu'individu, n'était pas antipathique. Il était, sans l'avoir voulu, le représentant d'une caste, d'un système, d'intérêts nationaux et internationaux dont le rôle historique était épuisé : c'est tout. »
Son Exc. M. Sandor Palik,
Ambassadeur de la République populaire de Caronie.