Il y a bien entendu un plaisir unique, incomparable, à des étreintes amoureuses d'habitude, dans la tendresse ancienne et la parfaite connaissance réciproque. Il y a un plaisir particulier à des ébats de camarades, répétés à de plus ou moins longs intervalles, affectueux et rieurs. Mais il y a aussi un plaisir unique, incomparable, aux ébats inédits, avec des inconnus, aux premières fois ; et encore un plaisir particulier, unique, à la parfaite satisfaction du goût fétichiste, peu importe lequel, les sexes énormes, la surabondance de poils, les muscles, les yeux verts, Dieu sait quoi selon les cas.
Une éternité de beau temps présidait à nos joies. Depuis des semaines sur Paris et sur toute la France, pas un jour de pluie. Il fait si chaud qu'on ne peut supporter une veste, un pull-over, les draps la nuit. Un soleil formidable a inondé l'appartement, toute la matinée. Et France-Musique, malheureusement, n'est pas à la hauteur d'un aussi magnifique dimanche ; ou plutôt le serait sans doute, si l'on pouvait l'entendre correctement. « C'est la meilleure radio du monde », m'a dit l'autre jour mon ami Antonio, qui vit à New York et qui n'est pas particulièrement indulgent aux choses françaises ; j'ai été surpris, mais j'ai abondé dans son sens, car c'est pour moi, en tout cas, la plus agréable. Seulement, depuis l'avènement des « radios libres », je ne la reçois plus que mélangée tantôt à Fréquence-Gaie, tantôt à Radio-Solidarité. Et c'est inaudible. On est renvoyé au disque. C'est une écoute moins instructive, en largeur, parce que l'on connaît déjà ce que l'on va entendre : on n'est pas surpris, on ne s'ouvre pas de nouveaux horizons, on ne fait pas de découvertes, on n'apprend rien. Mais c'est une écoute moins passive, plus enrichissante en profondeur. Hier soir, en attendant Alain, le quatuor de Franck, et deux fois l'Allegro molto final, par le Fitzwilliam String Quartet (cadeau de Gérard Pesson) ; ce matin, deux fois les Fantasiestücke op.111 de Schumann ; la marche du troisième morceau, Kräftig und sehr markiert, suffirait à me mettre d'excellente humeur si je ne l'étais déjà. Elle est infiniment plus exaltante que les Marches de 1849, op.76, qui la suivent sur le disque de Karl Engel, acheté jadis pour les Chants de l'Aube, si chers à Barthes, sur l'autre face.
Vers de la semaine : Ils sont joyeux, car l'âge éclatant va finir.