Introduction à l'affaire Renaud Camus,
puisque affaire il-y-a !

Avertissement au Lecteur

Je n'écrirais pas pour ce site, je ne participerais pas à la défense de Renaud Camus, s'il me semblait possible de penser qu'une seule phrase de La Campagne de France (Journal 1994) ou de n'importe quel autre ouvrage de l'écrivain, puisse être d'une quelconque manière antisémite, raciste ou même maurrassienne ou pétainiste.

S. B.


Au commencement il y a donc la parution à la fin du mois d'avril, aux Éditions Fayard, de La Campagne de France (Journal 1994), journal de l'année 1994 de Renaud Camus.

Jusque là, Renaud Camus était essentiellement publié par les éditions P. O. L. Au moment de la parution de La Campagne de France (Journal 1994), Paul Otchakovsky-Laurens, Directeur fondateur des éditions P. O. L, s'inquiéta de certains passages concernant l'émission Panorama de France Culture (ces mêmes passages devaient déjà figurer dans un précédent ouvrage, P.A., dans lequel ils avaient été finalement remplacés par des blancs à la demande de l'éditeur) et pressa à nouveau Renaud Camus de les retirer. Ce dernier ne souhaitant toujours pas couper lui même dans son texte proposa, comme pour P.A., de laisser ce soin à son éditeur qui cette fois refusa. Renaud Camus se tourna alors vers les Éditions Fayard qui décidèrent, non seulement de publier le manuscrit intégralement, mais aussi les journaux des années à venir.

Dès sa parution, La Campagne de France (Journal 1994) bénéficia de plusieurs articles favorables, notamment dans Libération.

Puis le magazine « Les Inrockuptibles », dans un article intitulé « La peste noire », accusait Renaud Camus d'antisémitisme et de racisme, à propos des passages concernant l'émission « Panorama » de France Culture.

Laure Adler, Directrice de France Culture, annonçait immédiatement son intention d'attaquer en justice l'écrivain.

Catherine Tasca, qui venait d'être nommée Ministre de la Culture, prenait publiquement parti contre l'auteur de La Campagne de France (Journal 1994).

Devant la possibilité d'une interdiction, les Éditions Fayard décidaient de retirer La campagne de France, des librairies.

L'affaire Renaud Camus venait d'éclater, qui désormais et jusqu'à ce jour, allait enflammer la presse française à longueur d'articles et même de pages entières d'articles.


Avant de vous reporter aux différents articles et points de vue sur l'affaire, proposés par ce site, permettez-moi de retenir votre attention avec quelques remarques qui, il me semble, vous permettrons de mieux comprendre et d'être mieux à même de juger de l'ensemble du dossier.

Il y a dix pages (48, 49, 50, 51, 56, 60, 329, 330 et 408) dans La Campagne de France (Journal 1994) de Renaud Camus, livre qui en compte presque 500, consacrées à l'émission le Panorama de France Culture. Ce sont ces pages qui ont été jugées dangereuses.

Remarquons tout de suite qu'au bout du compte, après presque deux mois que dure l'affaire, l'ensemble de ces dix pages a été peu ou proue publié dans les différents articles consacrés à l'ouvrage de Renaud Camus par les divers journaux français et étrangers. Paradoxalement donc, le retrait du livre qui devait en empêcher la lecture, a conduit à l'effet inverse.

N'est-il pas ensuite impératif de s'interroger sur les conditions de lecture des passages incriminés, ces passages ayant été dans pratiquement tous les cas cités extraits de leur contexte, tronqués, inversés, l'ordre de certains mots ou phrases modifiés, le déroulement de certains paragraphes reconstitué ?
Nul ne peut ignorer ce que l'on peut faire dire à un texte quand on en modifie sa structure. Nul ne peut ignorer la gravité de tels faits alors qu'aucun lecteur n'est à même de se reporter au livre, celui-ci étant inaccessible.

Ne peut-on aussi s'étonner de tant de haine, si vite et si longtemps dans la presse, à l'égard d'un écrivain dont l'œuvre jusqu'ici n'avait que très peu retenu l'attention des médias ?

Ne doit-on enfin s'interroger sur l'ampleur pris par cette affaire alors même que le livre avait été retiré de la vente à peine trois jours après les premiers articles dénonciateurs, c'est à dire il y a plus de six semaines ?

Finalement n'est-il pas nécessaire de rappeler, comme le fait le peintre Jean Paul Marchechi dans un article destiné à Libération et non encore publié à ce jour : [qu'…] « il y a un risque fondamental – et fondateur –, au cœur de toute entreprise esthétique, littéraire ou musicale. Toute œuvre, lorsqu'elle est neuve, indépendante, puissante se tient au bord du pensable. Elle longe perpétuellement un scandale qui la menace et l'attire. Elle est une aventure radicale de la forme et du sens. Elle est la voix, la lumière ou la nuit de ce qui n'a reçu – avant qu'elle n'advienne – aucun nom, aucun langage, aucune couleur. Sine nomine. Son unique garant est l'impouvoir fondamental qui la porte, c'est à dire sa solitude intraitable. Son ennemi de toujours, c'est la société, le nombre, tout ce qui s'agglutine, se regroupe, se rassemble : le grand cirque mimétique et ricanant du monde ».

Ainsi la réponse aux interrogations de certains ne serait-elle pas dans l'œuvre même de Renaud Camus, dans le Discours de Flaran, dans Etc., dans Éloge du paraître, dans Nightsound (qui sort cette semaine), et bien entendu dans La Campagne de France (Journal 1994) (qui devrait reparaître fin juin) ?

Ne saurait-on que trop conseiller de Lire, relire Renaud Camus, ce qui ne semble pas avoir toujours été fait, même par ceux qui l'ont si violemment condamné ?

par Sophie Barrouyer.
Paris le 12 juin 2000.