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Renaud Camus. L’écrivain poursuit inlassablement son œuvre de diariste en épinglant la grande déculturation en cours.
Si
La Campagne de France, le journal intime de l’année 1994 paru en 2000, eut un puissant retentissement médiatique à cause d’une polémique (à propos de laquelle Alain Finkielkraut, fervent défenseur de Renaud Camus, avait dit l’essentiel), l’œuvre de diariste de l’auteur de
Tricks ou du récent roman
Loin est ensuite retombée dans le silence que la société littéraire réserve trop souvent à ses irréguliers. Dommage, tant l’entreprise de l’écrivain mérite que l’on s’y arrête. En prenant le temps lire les cinq cents pages d’
Une chance pour le temps, on suivra Camus dans ses problèmes de chaudière, ses négociations avec les éditeurs, ses voyages en Grande-Bretagne pour la série d’ouvrages
Demeures de l’esprit et autres situations plus ou moins anecdotiques.
Certaines hausseront les épaules ou fronceront les sourcils face à ce journal qui semble ne rien occulter — ce qui n’est pas le cas — de l’existence de celui qui vit à Plieux, dans le Gers.
Babillage
Tant pis pour eux, car Camus sait que la vérité se cache dans les détails et dans la manière dont les mots la traduisent. Il n’y a pas de « grands » ou de « petits » sujets pour un diariste, mais un regard et un style. Ainsi, lorsqu’il déplore dans le GPS « une conception purement utilitaire, décultivée, déculturée » de l’espace et du territoire, il explicite sa vision d’un monde « organisé pour le petit-bourgeois inculte et pour lui seul », un monde où les frontières entre le vrai et le faux, le beau et le laid s’effacent au gré de conflits, de mouvements tectoniques spectaculaires ou invisibles. Le nom est « la grande victime collatérale de la révolution technologique », souligne l’écrivain. Tandis que les conditions modernes d’existence tendent toujours plus vers les commerces des signes, le babillage publicitaire et autres discours falsifiés, Renaud Camus s’attache à peindre le réel à travers sa propre subjectivité. Vaste projet que vient valider un attachement viscéral à la langue. En ce sens, il rejoint un autre Camus qui nous rappelait que « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».