Photo © Renaud Camus
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Passage, 1b

(p. 75)



Il marche, son livre sous le bras. C'est maintenant la fin de l'après-midi, l'allongement du dernier soleil. Presque tous les touristes et tous les nageurs ont quitté les lieux. La partie est terminée. La partie est terminée. Le terrain de jeu — ces deux rectangles délimités par une sangle allongée sur le sable et par le haut filet central — est vide. La plage et la mer sont plus grises encore. À quoi cela rime-t-il ?
So of course, écrit Betty Flanders, enfonçant plus profondément ses talons dans le sable, there was nothing for it but to leave. Sur le papier blanc, elle a fait une tache. Jacob, lui, a gravi le rocher. Oh, a huge crab ! Il marche. Si elle le regardait ainsi s'éloigner, ses sandales à la main, et comme il se retourne pour voir ses traces dans le sable ? C'est une longue ligne droite, les divergences réitérées chaque fois corrigées, reprises, chaque marque répétée semblable, un peu différente, au gré d'un écart, de la porosité inégale du sol ponctué de tout un réseau de rigoles et d'infimes canaux en delta, du point d'impact du pied, certaines profondes, certaines superficielles, d'autres effacées déjà, « finissant par se confondre avec les entonnoirs du sable foulé ».
De quel jeu s'agit-il, au juste ? Un moment il marche à l'envers. Archer, le fils aîné, va criant : Ja-cob ! Ja-cob ! en deux longues syllabes bien détachées.
Mais maintenant voici que lui se dirige vers un coin complètement désert de la plage. La progression de sa marche est régulière, comme le changement de la lumière. L'horizon est une jetée d'énormes pierres en vrac, qui barre le sable sur toute sa longueur. Longtemps, sans doute, très longtemps, on se demande très longtemps s'il l'atteindra jamais, tant ils paraissent, lui qui marche, et la jetée, incommensurables. On pense qu'il va ralentir, obliquer peut-être, se diriger vers la ligne la plus haute de l'étalement des vagues, la suivre un instant, selon un tracé plus simple, toutefois, sans répéter chacun de ses méandres, s'arrêter, revenir. On se dit qu'il va s'arrêter. On se dit qu'il va s'arrêter.
Pourtant non. Il n'est pas pressé. Il ne traîne pas non plus. Il avance seulement régulièrement, presque droit, conformant son attitude aux indications du texte.
Le jeune femme a terminé sa lettre. À ses correspondants avides de nouvelles, auxquels elle ne sait que raconter, elle a décrit l'inconnu, qui arrive maintenant aux blocs de pierre noire et monte sur la jetée au moyen d'un rétablissement bien enlevé. Elle écrit à présent ses cartes postales, maintenues sur les cuisses par les doigts écartés en étoile. Un moment, il se tient immobile au sommet, regardant vers le côté que je n'aperçois pas, puis vers le large. Chaque carte, une fois remplie, est placée à droite, la face illustrée contre le sable. Ainsi l'on ne peut voir aucune des images.
Il se retourne aussi, encore, pour observer les traces de ses pas, le côté de la plage d'où il est venu, au loin la maison blanche isolée avec son balcon. Puis il marche vers la ligne de crête, au-dessus du sable, au-dessus des vagues, jusqu'à l'endroit où elle s'enfonce dans la mer. Là, il s'assied. Et au dernier soleil, il lit.



Anne-Marie Stretter retraverse le parc, rejoint ses filles qui l'attendent dans une allée. Elles se dirigent vers les tennis. Elles se dirigent vers les tennis. Puis elles obliquent vers le fond du parc. La chaleur est déjà trop grande, les tennis sont déserts depuis quelques jours. Elles sont en short blanc, bras nus ; elle, elle n'a pas de chapeau, elle ne craint pas le soleil. Alors qu'il a dépassé les bâtiments de l'ambassade, Anne-Marie Stretter voit le vice-consul de France à Lahore, elle lui fait un signe, elle est réservée à son égard, comme tout le monde à Calcutta. Il s'incline et continue son chemin. Il y a cinq semaines qu'ils se rencontrent et que les choses, entre eux, se passent de cette façon-là.
Contre le grillage qui entoure les tennis déserts, il y a une bicyclette de femme qui appartient à Anne-Marie Stretter. Mais ce que j'aimerais comprendre, c'est Venise, pourquoi Venise ?
— Par hasard, une série de coïncidences. Ça n'a jamais été une de mes obsessions. Mais à mesure que nous avançions, tout semblait pointer vers elle. Et alors, pourquoi pas ? D'autant plus, l'avez-vous remarqué (ajouta Sir Ralph sans se départir d'un demi-sourire presque méprisant, ironique en tout cas), les villes où l'on a longtemps rêvé d'aller, ou de retourner, vous déçoivent toujours. Tandis que… (mais le reste de ses ses paroles se perdit, jusqu'à :) À titre indicatif, je vous dirai que c'est le genre de choses après quoi, par un incompréhensible tour de passe-passe, on se retrouve consul à Tirana.
— Merci bien !
Le paysage, complètement dénudé, s'offre enfin au regard. Un vaste panneau, au bord de l'autoroute, les avertit qu'ils pénètrent dans l'Utah. Ainsi, dit-elle, ainsi…
Cette errance aura-t-elle un terme ? Cette errance aura-t-elle un terme ? Mais elle ne s'en soucie guère. Mais elle n'en tiendrait pas compte. Mais elle ne s'en soucie guère. Pourquoi te raconterais-je cela encore une fois, puisque de toute façon tu ne croiras que ce que tu veux croire ? I have only words to play with ! Elle a d'ailleurs raison. But all that was nothing, absolutely nothing to the indescribable itch of rapture that her tennis produced in me.
Le nom de l'État est écrit en lettres régulières. Sa forme générale est représentée au-dessous, inscrite à l'intérieur de deux cercles concentriques, qui portent des caractères semblables, mais d'une couleur différente. Le texte de Mary McCarthy est paru dans L'Arc, numéro 24. Il est relativement aisé de s'y référer. Il esr relativement aisé de s'y référer.
Ils sortent de la galerie. Le mari de la femme dont le père avait à Trieste une affaire d'import-expert entraîne la jeune fille vers Central Park. Non, non, il s'appelle en fait Robert Clark. Il est né dans l'Indiana, voilà tout. Mais ça n'a aucune importance. Mais ça n'a aucune importance.
Ils croient aux signes : aux signaux, aux feux, aux entailles, aux indices ; à toutes les marques, claires ou moins claires, que d'autres ont laissé dans l'infinie forêt des associations. » Maintenant, saurait-on être plus clair ? Avez-vous remarqué que the two tennis players are still at their game ? La hasard ici n'a que faire. Le hasard ici n'a que faire.
Cependant, comme la Zemble, dans l'oeuvre de Pope, équivaut grosso modo au Groenland, la Zemble, ici, signifie pays vert — Arcadie. They have nothing on their bodies but gym shoes and thick sweat-socks and knit shorts of the kind cyclists wear, very short and very close-fitting, molding themselves to the buttocks and the loins. Il dit encore : « Et in Arcadia ego ». They are absolutely unaware of the passers-by, isolated in the intentness of their game. You would think there was no net between them. En effet, la Mort entre en Arcadie sous les espèces de Gradus, ex-vitrier et tueur, émissaire de la Zemble à l'autre bout du monde. Chancellor débarque près du port d'Arkhangelsk, sur la mer Blanche, et ouvre une ère de précaires relations commerciales entre les Anglais et le czar. C'est Gerald Emerald, de vert vêtu, qui transporte la Mort dans sa voiture. Lorsque le même joueur gagne le point suivant, il gagne le jeu ; si, au contraire, il le perd, on appelle encore « à deux », jusqu'à ce qu'un des joueurs ait fait deux points consécutifs après « à deux » : il marque alors un jeu. Il marque alors un jeu.
Le vert est, par excellence, la couleur du faux-semblant (cf. le foyer des artistes). Le rideau n'est pas encore levé. Le rideau n'est pas encore levé. Elle est dans sa loge. Les instrumentistes, dans la fosse d'orchestre, tendent et détendent leur cordes. Tous les corps sont parfaitement immobiles, déjà, les traits du visage absolument figés, les yeux fixes. Miss Archer was seated facing the stage and partly screened by the curtain of the box. Puis vient la longue liste des personnages, avec le nom de leurs interprètes respectifs. Une voix feutrée décrit ensuite le décor, à l'intention des auditeurs, et résume l'action à venir. Sans même sortir de l'État : Argos, Marion, Greenfield, Greensburg, Nashville (Ind.), Fairview Park, Greentown, South Bend, Angola, Indianapolis (au centre géographique précis). Le titre répond à celui d'un autre opéra, aujourd'hui oublié, et désigne en fait tout ce qui n'est pas l'Europe, car les divers épisodes de l'oeuvre, liés de manière assez lâche, se déroulent dans les Amériques aussi bien qu'en Turquie ou aux Indes.
On traverse la White River sur un bac à péage. Paul et moi nous retrouvons donc, l'après-midi, sur les hauteurs. Je mets la robe verte qu'il aime et lui porte un de ces costumes blancs qu'il ne quitte jamais. Nous marchons. De la ville, à nos pieds, on pourrait croire qu'aucun mouvement ne se dérobe à nos yeux. Une femme indigène dépasse la grille de la cathédrale, hésite un instant sur le parvis, puis pénètre sous le porche. La place est vaste, déserte, poussiéreuse. Un gros homme sort du tribunal. Sur les marches, il est ébloui par la lumière. Une main au-dessus des yeux, il oblique dans la direction du port. Puis il oblique vers les arcades.
Dans les allées de la Résidence, le sable a été ratissé méticuleusement en de longues lignes parallèles et même, parfois, en de fins quadrillages. L'épouse du gouverneur y avance à pas comptés. On a fait construire pour elle, au fond du parc, un petit belvédère. Elle va s'y esseoir, s'y allonger sur une chaise longue. But the novel is full of tides and currents, islets and archipelagoes. Et nous, des heures durant, nous observons les voiles blanches croiser sur l'océan Indien.
Tout juste s'il ose, une fois, déposer un baiser dans l'échancrure de la robe. Il est si jeune. Un ange passe.
Sur la couverture, dans l'édition la plus courante, une gravure de l'époque, sans doute, représente un homme debout dans une barque, sur un fond de palmiers. Au cercle on dit d'Anne-Marie Stretter, quels que soient ses torts envers son mari, qu'elle "représente" bien — c'est le terme qu'ils emploient. Quant au noir, indubitablement, il récite un livre : Indiana has proclaimed himself the American Painter of Signs. Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus. Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus.
La murette orientale de Central Park doit être suivie un dimanche matin, par beau temps, après qu'il a neigé. Les trottoirs sont larges. Les trottoirs sont larges. À cause de la glace, il marche à pas serrés, égaux, étonnamment réguliers. Il porte un pardessus croisé, à larges revers. Et je n'invente rien, dit Peter Morgan : la murette occidentale, maintenant, c'est une autre histoire.
La femme est encore jeune. La femme est encore jeune. Son oncle avait dans la ville une affaire de contrebande. Ou bien il s'est ruiné au jeu. Au lever du jour elle raccompagne le marin. Poussant les jalousies à demi-closes, lui et elle, encore enlacés, peut-être, débouchent sur la terrasse. Cette terrasse est une large galerie couverte, entourant la maison sur trois de ses côtés. Et il a été question plus haut de récits, ou d'un récit, qu'il s'agissait de faire passer dans la réalité, ici, à Macao. Ou bien si l'inverse ?
Le marin est un adolescent blond. Il s'éloigne, maintenant, dans la direction du port. Je me rappelle aussi mon père…», dit Indiana en appuyant tristement sur cette réponse et en mettant sa main dans la main de Sir Ralph. Lui s'incline à nouveau, sans changer de visage, sans changer de visage, sans changer de visage, comme s'il savait depuis toujours que les choses, entre eux, se passeraient ainsi : il attend cette phrase, dont il connaît à l'avance chaque syllabe, chaque hésitation, les moindres inflexions de la voix, et qui tarde un peu trop seulement à se faire entendre. Qualcosa di piu intimo. Ma che cosa, propriamente ?
C'est pourtant vrai qu'elle lui dit : « Paul, je vous aime ». La voici encore, près des tennis, sur une chaise longue blanche. Il y a d'autres chaises longues blanches vides pour la plupart, vides, naufragées face à face, en cercle, seules. Before that, said miss Archer. Mais l'autre n'est pas au courant. Mais l'autre n'est pas au courant. Vraiment, vous n'avez jamais vu Histoire immortelle ? Mais si, de Grille, ou Grillé, ou quelque chose comme ça ? De toute façon, elle n'a aucune envie d'aller s'enterrer dans cette petite ville de province où l'on s'ennuie à mourir en jouant à la roulette russe et où l'on parle portugais.
Des villas blanches aux stores baissées s'alignent alors, où des professeurs exilés, jaloux, dans des pièces nues sans caractéristiques particulières, guettent des étrangèrees aux seins fermes debout en bas près de l'aile gauche avant de blanches américaines poussiéreuses, décapotées. Ah, mais oui, à propos de jaloux, Robert Grillet, je me souviens maintenant, quelque chose de lui…
Il décide donc de faire venir, sans demander l'accord de sa protégée, un psychanalyste marron — nommé Morgan — qui entreprend à son insu l'investigation du passé enfoui de la patiente, afin de déceler l'origine des troubles que sa conduite semble révéler. Les Mystères de New York est le plus connu des films de Pearl White, peut-être, avec Pillage ou Le Voleur. Ça m'avait intéressé parce que justement j'ai une amie qui a passé de longues années à la Réunion. Elle m'assurait que c'était tout à fait ça, que les choses, là-bas, se passent tout à fait de cette façon-là.
Mais lui s'est déjà replongé dans sa lecture, sans doute. Mais lui s'est sans doute replongé dans sa lecture, déjà. Née à Green Ridge, elle vient en France à la fin de sa carrière et elle devient étoile de la revue de la revue du Casino de Paris.
Il faut casser légèrement ici le dos de la reliure pour offrir à l'oeil un champ plat et reposer le poignet. Quels paragraphes susciteront, quelles images, un regard long survolant les arbres et rejoignant, dans une crique à couvert, le voilier blanc de l'Argentin, Le Parvenu, avec à son bord, dit-on, l'illustre chanteuse, qui rit de se voir si belle, etc. ? Que du moins les positions soient exactes. Que du moins les positions soient exactes. Ou bien, mais alors debout, à peine adossé à la murette de soutènement, dans la jardin en terrasse du musée, à Saint-Paul, l'oeil sur le golfe. La vue, remarque l'une d'entre elles, est à peu près la même que de l'observatoire de Cannes. Mais on dit aussi que c'est faux. Mais on dit aussi que c'est faux.
Le paysage, complètement dénudé, s'offre enfin au regard. Dans le prolongement de la colline, au sud, une pointe — dont l'extrêmité est rehaussé par une grande bâtisse blanche — divise la mer en deux baies. À un kilomètre au large de cette avancée, et selon un fuseau qui lui est perpendiculaire, une première île, d'un vert sombre, précède, dans l'ordre du regard, une seconde île de proportions semblables, mais plus réduite. Cette petite île, plus au large, est comme une réduction de la première, et le regard, machinalement, se porte plus loin, comme s'il escomptait découvrir une troisième île, semblable encore, et encore plus petite.
« Devant la façade de l'hôtel du Cap ont été disposées des tables blanches, sur une longue terrasse en partie recouverte de stores aux bandes de couleur, parallèles. » Une large trouée a été ouverte entre les pins, jusqu'à Eden-Roc et la mer. Comme toute construction est interdite sur les îles et que l'allée, par sa direction, les désigne seules au regard, on pourrait se croire dans n'importe quel pays vierge, entre les Marquises, par exemple. Elles sont découvertes dans leur partie nord par Marchand (1791), qui en prend possession au nom de la France. Les salles de jeu sont de Garnier.
Tony ? demande Luc.
— Non, pas Tony, l'autre, celui de l'Opéra de Paris.
— Francis ?
— C'est possible, quelque chose comme ça…
— Maurice, Boris…
Charles ! Comment ai-je pu… C'est lui qui…
Manque ou Passe ? Je, un après-midi d'été. Une jalousie tirée, un rideau vénitien marquent ici ou là une case qui se refuse à la réflexion, à moins que ce ne soit une ombre, un visage de femme. Ma chère belle-soeur : nous voici donc depuis trois mois dans cet Eden cannibale. Les petits caractères noirs se succèdent, serrés, égaux, étonnamment réguliers. Posse, se vuoi, descriverti quello que vedo guardanto fuori dalla finestra. On penserait que chaque ligne a le même nombre de signes, chaque page le même nombre de lignes. Et les paragraphes s'ajoutent aux paragraphes , indifférents.
Deux garçons le suivent, le dépassent, inventent autour de lui, d'un passage l'autre, les entrechats d'un ballet de plus en plus précis, savant. Il fait nuit. La lune, qu'évoque avec insistance une harpe à l'orchestre, éclaire un bassin, la clairière, une ligne massive de chênes. Mais la caméra, très habile, ne montre que de loin, sans s'attarder, la scène où évolue les danseurs. De même, elle passe rapidement sur les étages de loges superposées, sur les visages innombrables des spectateurs en tenue de soirée, sur la blancheur des femmes dans la demi-obscurité, sur tous ces corps immobiles, sur ces jumelles de nacre braquées et convergentes. À peine sont indiquées les limites, ici un pas de deux lascif sous l'éclairage savant des projecteurs de scène, là un public nombreux, silencieux, statufié. Le volume qui les sépare semble avoir retenu toute l'attention, la manière qu'a la musique, dont l'intensité va croissant, dont l'intensité va croissant, de prendre possession de ce vide, sous le lustre immense, animé d'un mouvement presque insensible.
Puis ce sont les couloirs, déserts, bien entendu, surchargés d'un décor sombre et froid de boiseries. La représentation se poursuit. On perçoit encore le son des archets, plus nombreux, un peu étouffés maintenant. Il court sur des tapis épais, devant une rangée de portes étroites disposées en demi-cercle. Il dévale quelques marches et débouche dans le hall du théâtre. Elle est en train de le traverser en oblique, de l'autre côté, se dirigeant vers la sortie. Elle est seule. Elle est seule. Elle a déjà atteint les portes lorsque, se tournant à demi, elle l'aperçoit. Elle fait quelques pas dans sa direction. Elle fait quelques pas dans sa direction. Puis elle lui demande le nom des personnages. Il répond que ça n'a pas d'importance. Elle n'est pas de cet avis et elle se met à leur donner des noms, un peu au hasard, je crois… Héros de la guerre de Troie, hommes et femmes, accouplés selon diverses positions… Alors il dit que c'était elle et lui, aussi bien… (Un silence) ou n'importe qui.
Les statues vont s'éclaircissant comme le jour tombe. À la pénombre, leur couleur est celle des allées qui se croisent entre les frondaisons. D'une fenêtre de l'hôtel Continental, Eugénie, presque centenaire, regarde les jardins où jouait son fils, plus d'un demi-siècle plus tôt. Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche un voilier blanc qui se brise sur les récifs minuscules du jet d'eau. Entré dans l'armée anglaise, il est tué par des sauvages, au cours d'une reconnaissance. Mais c'est plus tôt, le film beaucoup moins avancé, qu'il l'invite à venir avec lui vers les confins de la ville. On marche le long de murs interminables. On marche le long de murs interminables. La lumière est celle du début des années soixante, près des fleuves. Après tout, c'est sa tante. Mais est-ce la même qui dira plus tard combien l'avenue était gaie, dans sa jeunesse à elle, que chaque jour on regardait du haut des murs qui revenait des courts avec qui, que les couples se faisaient, se défaisaient, et que chacun se connaissait ?
C'est l'époque où toutes les villas, le long de l'avenue, sont habitées par des parents, des amis, tandis que maintenant, quelle révolution ! Il y a des coups de théâtre, des renversements. Seulement lui et elle, toujours ensemble, toujours enlacés, incapables de se séparer. Et l'on se disait, ils avancent côte à côte, lui et elle, tout en blanc, sa raie bien droite, et elle, une main au-dessus des yeux, dans l'allée. C'est la fin de l'après-midi. C'est la fin de l'après-midi. Les tennis sont maintenant déserts. Quelques chaises longues, blanches, vides, sont disposées près du grillage. Come facevo a non capire ? Come duravo a vivere, sensa sentire ? C'era in fondo alla radura del tennis, per esempio, ad ovest rispetto al campo, un gruppo di sette esili, altissime Washingtonia graciles o palme del deserto, isolate dal resto della vegtazione retrostante (
— Ce qui semble acquis, n'est-ce pas, c'est qu'il y a chez les Straitter, à l'ambassade, une soirée, un bal, une représentation quelconque à l'occasion de la fête nationale.
— À moins que ce ne soit au Cercle. Ce n'est pas parfaitement clair.
— Ou bien il y a deux soirées. Ou davantage. Les dates ne coïncident pas. Les dates ne coïncident pas. La mendiante est trop jeune pour être celle qu'a vue Anne-Marie Stretter. Cependant, Peter Morgan a fait de son récit un épisode de la vie de la mendiante. Les petites filles ont vu celle-ci s'arrêter longuement devant leur balcon, leur sourire. À Lahore, par 120 degrés Fahrenheit, les docteurs Grant et Perry font un match de cricket. Je vous accorde, en un sens, commence l'ambassadeur. Mais il est bien question de maintien de l'ordre !



L'archange est debout sur la barricade, seul. Il porte des jeans trop serrés, délavés, une chemise ouverte jusqu'à la taille. Le bas de son visage est recouvert d'un linge mouillé. Ses cheveux sont blonds, bouclés, plutôt longs. Les immeubles ont d'immenses façades de verre, scandées seulement par le jeu de fines armatures d'acier. Les nuages et leurs mouvements s'y reflètent et y dessinent des figures vagues, aux contours changeants, difficiles à interpréter en tout cas. On peut y voir un instant, par exemple, un petit homme doux à l'air emprunté, avec deux ailes gigantesques fixées dans le dos. Il est à cheval sur une étrange machine qui pourrait être une bicyclette, et il en train de prendre son envol. Mais ces images sont fractionnées et incomplètes, une jalousie tirée, un store vénitien marquant ici ou là un store qui se dérobe à la réflexion, à moins que ce ne soit le haut d'un corps de femme. Sur quoi donnent les fenêtres de l'appartement ?
— Central Park.
(C'est donc bien ce qu'il m'avait semblé). Puis ce sont des rues de traverse, plus calmes, plus paisibles, sereines. Comme on l'a déjà remarqué, les marches de fer des escaliers de secours tracent sur le flanc des maisons, ou sur leurs façades mêmes, des Z superposés, indéfiniment répétés. Il arrive à un jardin assez petit, qui occupe une terrasse au-dessus du trafic. Ce jardin est composée de deux parties rectangulaires égales. Ce jardin est composé de deux parties rectangulaires égales. Elles sont jointes par une passerelle qui enjambe la quarante-deuxième rue. Si j'écris en une dizaine de jours un petit roman pornographique pédé, j'aurai de quoi rester ici jusqu'à l'automne, ou même jusqu'à l'été indien. Et acheter des livres.
Les maisons, autour du square, ne sont pas récentes. Elles n'ont pas plus d'une dizaine d'étages. Elles ont toutes été construites à la même époque, dans le même style. Les portes, les fenêtres, et surtout les toits et les terrasses, sont autant d'allusions à l'architecture anglaise de la Renaissance. L'architecte a sans doute été inspiré par le nom, Tudor City, de cet ensemble d'habitation. Ou bien si l'inverse ? Ou bien si l'inverse ?
Il pousse la porte du jardin. Il pousse la porte du jardin. Elle est basse et faite d'un grillage à l'entrecroisement régulier. Le gazon est vert, bien entendu. Le sable des allées a été ratissé méticuleusement en de longues lignes parallèles et même, parfois, en de fins quadrillages. Par-dessus la balustrade blanche qui marque l'extrémité de la terrasse, et grâce à une échancrure entre les maisons, on peut observer, en contrebas, le long du fleuve, un immeuble à l'immense façade de verre, scandés seulement par le jeu de fines armatures d'acier qui dessinent, innombrables, rectangles et carrés. Les nuages et leurs mouvements s'y reflètent de façon fractionnée et incomplète, une jamousie tirée, un store vénitien marquant ici et là une case qui se refuse à la réflexion, à moins que ce ne soit une figure vague, un visage tourné vers le ciel. Devant ce palais flottent au vent, accrochées à de hautes hampes blanches, effilées, parallèles, les pavillons de tous les États du monde.
Sur un banc, vers le fond du jardin, est assise une femme très âgée. Elle lit, quelque chose de Mazo de la Roche, on dirait. Il pourrait faire intervenir, par exemple, un gardien de l'ordre botté, vêtu de cuir. Pour ce faire, elle est armée d'un petit instrument composé de deux parties rectangulairtes égales, en verre, jointes par une passerelle d'argent. Qui se branlerait dans une tasse. Elle boit du thé, ensuite, qu'elle conservait dans un thermos. Mais le petit homme blanc, lancé maintenant, parle sans fin. Il n'a pas à chercher ses mots. From his loft over the shipyards (Ah ! si tu comprenais mon amour), Indiana "saw signs more plentiful than trees", in large part stenciled letterings on old commercial buildings and warehouses. Ils avancent dans les allées. Ils avancent dans les allées. Des couples rament paisiblement sur l'étang, à moins qu'ils ne soient allongés dans des barques immobiles, ou ne les aient tirées sur le rivage. Enamored with the docks, the epic of the sea, and of shipbuilding, Indiana collected waterfront debris, making crude assemblage of derelict objects and signs, stenciled words on found planks and other of his own devising, with brief quotes from Melville and Whitman. Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus.
Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus. Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus. L'illustration placée en regard de la page de titre montre l'artiste debout sur quatre énormes lettres, dont une de biais, qui forment le mot LOVE. La photographie a dû être envoyée par lui-même aux deux Calas, si l'on en croit une inscription tracée de sa main, et sortant de sa bouche comme de celle d'un personnage de bandes dessinées. La saison d'opéra commence ce soir, à la Fenice. Peary, après avoir fait le tour du Groenland et exploré la terre de Grant, atteint enfin le pôle, le premier, en 1909.
La murette occidentale, c'est une autre histoire. Le narrateur, lui, a aussitôt identifié le nouveau personnage qui vient de faire irruption dans la scène comme étant le docteur Morgan, lequel regagne son officine souterraine de la quarante-deuxième rue. He went on to enrich his vocabulary with Indian names, the language of the railroads and, most important, that of the highways. Sur l'autoroute, très belle, sont peintes méticuleusement des bandes blanches régulières, tantôt continues, tantôt en pointillé. La campagne alentour est étonnament verte. Cette errance aura-t-elle un terme ? Mais lui ne s'en soucie guère. Mais lui ne s'en soucie guère. Pourquoi te raconterais-je cela encore une fois, puisque de toute façon tu n'en tiendras pas compte ? Il ralentit. Sur le campus de l'université, il parque la grosse Buick blanche poussiéreuse décapotable de Ben Saïd. Puis il emprunte un passage dérobé réservé aux professeurs. À ses étudiants il fait remarquer que le roman de Sand a deux fins, totalement incompatibles. Et que l'auteur n'a pas jugé bon, donnant le seconde, de faire disparaître la première. Mais ils n'ont pas l'air de prendre un grand plaisir au texte.
Elle, pendant ce temps, est allongée sur le lit, entièrement nue. Elle a toujours a la bouche son éternelle sucette en forme de coeur. Mais l'un de ses coudes, ramené en arrière, et sur lequel elle s'appuie, tient le haut de son corps un peu relevé, cambré, en arc-boutant. Une ligne légèrement concave marque le milieu de son buste, du nombril jusqu'entre les seins. Ceux-ci sont durs, parfaitement ronds, étonnamment formés pour son âge. Ses cheveux blonds, longs et très abondants, sont épars sur le drap blanc. Le mince triangle bouclé, autour de son sexe, est d'une couleur plus foncée.
Le garçon, lui, est encore debout. Il a quitté sa chemise et l'on aperçoit le bas de son ventre, dans le triangle que forme sa braguette déboutonnée. Il est élancé, avec des épaules carrées. Une ligne de poils sombres et courts monte à partir de son sexe le long du tronc, pour s'épanouir sur ses pectoraux en une espèce de palmier. On distingue toutefois, sur son abdomen, le quadrillage presque parfait que dessinent les muscles. Ses traits sont réguliers et ses yeux verts. Ses cheveux courts.
Il enlève son pantalon. Elle voit qu'il bande déjà. Elle est maintenant arc-boutée sur ses deux coudes, la tête rejetée en arrière. Il vient jusqu'au bord du lit. Il vient jusqu'au bord du lit. Il l'embrasse sur le ventre, glisse le long de la ligne médiane de son buste ambré, prend entre ses lèvres la pointe de ses seins.
Puis sa bouche à elle descend le long de son corps, joue sur sa poitrine. L'extrémité de sa langue, pointue, suit la ligne où convergent les poils, sur son ventre. Elle l'encourage à monter contre elle jusqu'à ce que sa verge soit en face de son visage. Elle en suce le bout, le côté inférieur, en tenant d'une main ses coudes, qui sont lourdes et rondes. Un moment, elle serre les dents, contre lesquelles le membre vient buter. Quand elle les entrouve, il s'enfonce aussi loin qu'il le peut et s'anime d'un mouvement d'avance et de recul.
Le garçon est soulevé sur ses bras tendus. Plus tard, elle abandonne le gland qu'elle pressait contre ses lèvres, sa main toutefois toujours crispée sur la verge tendue. La tête d'Orion, le géant aveugle, se profile parmi les nuages. La tête d'Orion se profile parmi les nuages. Il reste dans la même position, mais les deux visages sont maintenant face à face. Ses deux mains prennent appui sur le lit de part et d'autre des épaules d'O. Il bande tellement qu'elle est obligée de tirer légèrement le membre vers le bas pour l'introduire en elle. Il vient se plaquer contre elle, de tout son long, et la pénètre d'un seul coup.
De la terrasse, en Inde, on voyait les tennis, dans le parc. I could have filmed her. Ils sont entourés d'une grillage à l'entrecroisement régulier. The ball when it entered her aura of control became somehow whiter. Le filet sépare deux parties rectangulaires égales où sont tracées méticuleusement des bandes blanches symétriques, tantôt continues, tantôt en pointillé. Her tennis was the highest point to which I can imagine a young creature bringing the art of make-believe, although I daresay, for her it was the very geometry of basic reality. Les balles ont un diamètre déterminé, comme l'est leur rebondissement. Les raquettes sont laissées au choix du joueur. (V. raquette.) Les joueurs se divisent en deux camps. Les joueurs se divisent en deux camps. Their nakedness makes them seem close to each other and directly opposed, body to body, like fighters. If this were a fight, though, it would be one-sided, for the boy on the left is much the smaller. He is a Mexican, maybe, black-haired, handsome, catlike, cruel, compact, lithe, muscular, quick and graceful on his feet. His body is a natural dark gold-brown ; there is a fuzz of curly black hair on his chest and belly and thighs. He plays hard and fast, with cruel mastery, baring his white teeth, unsmiling, as he slams back the ball. He his going to win. He his going to win. His opponent / puis elles obliquent vers le fond du parc. On y a fait construire pour elle un petit belvédère. On y a fait construire pour elle un petit belvédère. Elle va s'y asseoir, s'y allonger sur une chaise longue. Et au dernier soleil, quel panneau, si, cet hiver, / Elle eût pris au mot mes vers.
« Posso concederti al massimo il vantaggio del servizio. Servi, su ! »
Que voulez-vous, c'était écrit. Les avisos glissaient dans la nuit coloniale. Arabella, mon coeur, revenait des tennis. Ce que je voudrais dire, c'est que.
Nouvelle interruption.
Probablement, elle connaissait tout le monde et savait jouer sur tous les tableaux. Chacun y va de son petit récit. Chacun y va de son petit récit. En un sens, commence l'ambasadeur, et les mots étant ce qu'ils sont…
On dit aussi qu'elle était dans la résistance, qu'elle a fait partie d'un réseau. C'est vrai ? Mais on dit aussi que c'est faux.
— C'est-à-dire, que ce soit vrai ou pas, que toutes ces choses soient arrivées ou non, peu importe. Tout cela appartient à sa légende. Des centaines de gens l'ont cru. On l'a écrit. C'est une partie d'elle au même titre illisible est Indiana's Song. Le cadenas de la grille est fermé à double tour, on ne peut pas pénétrer dans le jardin, s'approcher, on ne peut pas lire le titre de la partition. Le chef d'orchestre callipyge est parti. Le chef d'orchestre callypige est parti. Sa maison est une étrange bâtisse de planches, victorienne et vermoulue. Elle a jadis été blanche. Elle a jadis été blanche. Des vérandahs à colonnes partent des perrons et l'entourent. Elle est ouverte et vide, n'étaient ces ventilateurs aux vastes hélices poisseuses qui tournent sans arrêt, ces fins grillages aux fenêtres, à travers lesquels on verrait la bicyclette abndonnée là, laissée par cette femme depuis vingt-trois jours. Le nom Darjeeling après tout n'apparaît pas.
— Oh, vous savez, la fameuse lumière du Sud…
Mais le reste de des paroles se perd. Mais le reste de ses paroles se perd. Du balcon du consulat, toutefois, on distingue encore les voix, plus nombreuses, un peu étouffées maintenant. Vous parlez d'Anne-Marie Straighter, ou bien encore de… ?
— Sur bien des points, ce qu'on peut dire de l'une…
Puis elle va pour                  (mais déjà il est trop tard : on voit la végétation épaisse du parc, scandée seulement par les balustrades d'un blanc éclatant. Au début, elle recevait un peu n'importe qui. Elle se laissait aller à l'inspiration du moment. Et puis elle est devenue plus stricte, elle a pris le goût des formes. Elle a commencé à choisir, à sélectionner selon les affinités de chacun. N'est-ce pas la conduite indispensable ? Changeons d'air.
Changeons d'air. Les deux corps alors confondus, en tel présent de force instauré. Il sort faire un tour, entre les pelouses et les massifs de ravenalas où sont éparses les villas du quartier réservé. Lo, Lol, Lola, Lolita. Le vice-consul sifflote Indiana's Song tout en marchant, tourné vers l'arc-en-ciel. Puis il passe à autre chose et chantonne la barcarolle de tout à l'heure. Son expression se transforme. Son expression se transforme. Cela dit, elle est resté un peu excentrique.



L'orage cesse brusquement, le soleil apparaît dans une éclaircie de quelques minutes et puis le trou, dans l'épaisseur des nuages, se colmate de nouveau. « Dans une rafale silencieuse, les ombres du jardin sont arrachées. » Elle fait venir chez elle des gens qui, à première vue, n'ont rien de commun, auxquels elle sait faire découvrir, entre eux, des liens qu'on n'aurait pas soupçonnés, des affinités dont eux-mêmes n'avaient pas idée. Mais s'étaient-ils jamais rencontrés ? Je veux dire avant ?
— Oui, sans doute, à Venise, au conservatoire de Venise. C'est le concours de fin d'études. Elle, peut-être, elle seule avait pensé aux Indes :
« Giocate, giocate pure : non é di voi que stiamo parlando. »
Le nom, toutefois, n'est pas certain. Le nom n'est pas certain. Je ne fais que répéter ce qu'on dit. Il peut avoir mal entendu. Le rôle de Lolita est tenu par Tom ; l'ambassadeur joue le professeur exilé jaloux ; Anne-Marie prête ses traits à l'échappée de bordel, tandis que la voix d'Indiana, qui après tout n'apparaît pas, est celle de l'épouse du gouverneur. Dehors, tout est calme. Dehors tout est calme. Les bureaux ferment à quatre heures, à Calcutta. Dans le Park du palais s'émeut le Tennis-Ground. Dans Eden Garden… etc. ; mais elle lève les yeux. Mais elle lève les yeux. Je suis trop âgée pour lire des vers blancs, pense-t-elle. Pourtant, elle tourne les pages de la mince plaquette, à la recherche d'un passage de la préface qui l'avait retenue, jadis, peut-être. Quelque chose de lui était là, dans la ville où il venait passer ses vacances et où il revenait de temps en temps après ses voyages aux Indes et ses séjours comme vice-consul aux Philipinnes et aux Canaries. Un parc à la végétation dense entoure de tous les côtés l'immense maison de stuc, dont l'architecture surchargée, la juxstaposition d'éléments en apparence disparates, la couleur inhabituelle surprennent toujours, même celui qui l'a contemplée déjà souvent, lorsqu'elle apparaît au détour d'une allée dans son encadrement de palmiers royaux. Et en effet la maison des Levet, dit le texte, est blanche entre les arbres, en tel présent, etc. Cet endroit ressemble à une grande avenue de banlieue parisienne, paraît-il. Et il est question d'un jet d'eau. Et il est question d'un jet d'eau. Mais les auteurs, à mesure qu'ils avancent dans leur relation, vident à tel point l'arsenal de leurs métaphores qu'ils n'en peuvent plus comparer le son qu'à celui d'un duel derrière un massif. Un serviteur prend leur carte (dès la première page). Un serviteur prend leur carte. Et ils s'interrogent :
« Le jardin ? l'entrée d'un grand parc ? la pleine campagne déjà ? »
La lumière est celle du début des années dix, sur les boulevards extérieurs résidentiels d'une ville moyenne assez petite. Je ne sais plus qui l'a surnommée la Venise du centre. La salle du chapitre, dite "la Diana", a été transformée en musée. C'est aussi la patrie de Boulez. C'est aussi la patrie de Boulez.
Ailleurs, et plus tard, on les voit marcher le long de murs interminables. De cette page illustre, il donne une interprétation plus tendue, plus concentrée, plus liée. Après tout, c'est sa tante. C'est du moins ce qu'affirme le commentaire, sur la couverture du disque. Mais est-ce la même qui, dans un film montré à Venise, partageait avec une autre femme une grande maison blanche, isolée ? Il faudrait vérifier. Il faudrait vérifier, rapprocher, comparer, confronter, corriger, vérifier. Elle se trouvait sur une légère hauteur. Elle se trouvait sur une légère hauteur. Un parc, grand et boisé, permettait mal de la voir de face, mais derrière, par le canal sinueux d'une grande allée, on la découvrait mieux, des étages à balcons, une grande terrasse sur laquelle Indiana, en été, se tient souvent. C'est de ce côté-là que se trouve la grille d'entrée. L'adolescent blond est apparu déjà une fois, son visage en gros plan derrière le grillage du terrain de jeu. Il l'aperçoivent de loin, sur sa bicyclette. Il vient vers eux, selon une ligne incertaine. Puis, arrivé à leur niveau, il détache ses mains du guidon et s'écrase à terre. Il se remet en selle, parlant toujours, parlant sans trêve. Come facevo a non capire ? Come duravo a vivere, senza sentire ? Mentre l'amore — revenu en arrière, il les suit, les dépasse, invente autour d'eux, d'une passage l'autre, les entrechats d'un ballet de plus en plus compliqué, imprécis, brisé. Il ne cesse de tomber. Deux fois, trois fois, davantage, il tombe, il s'écrase à terre. La roue avant de la bicyclette, alors, sans doute, continue à tourner avec un bruit très lié, justement, à ces années-là, à ces étés-là, à ce genre d'endroits l'après-midi. Toutefois, il se peut aussi qu'il soit seul, que ce ne soit pas le jour où il l'invite à venir avec lui vers les confins de la ville. Tout ceci demande à être examiné, recoupé, vérifié, etc., ne serait-ce que le nom, etc., etc.
Il arrive un moment, par exemple, où Archer prend la première place, où il n'est plus question de Jacob, ou seulement par référence, rappel, allusion. Perceval, qu'ils aiment tous, part pour les Indes : il y fait une chute de cheval et se tue. L'enfant qui jouait au cerceau dans le parc du palais, engagé dans l'armée anglaise (plusieurs années après la chute du régime), est massacré au cours d'une reconnaissance. C'est sympathique, c'est une jolie rue, si triste. Le propre frère de Virginia, tant admiré à l'université, meurt très jeune, on s'en souvient. Plus de vingt ans plus tôt, celui d'Indiana, Marc de Serrans, puisqu'elle était née Serrans, se loge, à la suite d'une histoire de jeu, une balle dans le crâne, à Para ou à Manaos. Eden, le plus beau des Whiteoaks, le poète, quitte Jalna et disparaît. Un de ses frères le retrouve un jour, à New York, assis sur un banc, dans un square, l'air transi, les revers de son pardessus relevés contre son visage, par ce temps !
« Eden, Eden, Eden ! »
Mais il meurt peu après. Mais il meurt peu après. Et les paragraphes s'ajoutent aux paragraphes, indifférents.
Parvenue à ce passage, pourtant, la vieille dame laisse tomber le livre sur le sable de l'allée, méticuleusement ratissé. Et elle replie son face à main, dont les deux verres rectangulaires, égaux, joints par une passerelle d'argent, viennent s'inscrire à l'intérieur du manche. Elle dort, tandis qu'un souffle infime fait passer et repasser d'une moitié à l'autre du livre ouvert les pages légères aux petits caractères réguliers.



Cependant, à l'intérieur de la tasse, ronde, à trois compartiments, située un peu en retrait de la zone des combats, le représentant de l'ordre, au milieu, botté, bardé de cuir, n'est plus seul à se branler. L'archange, sa chemise ouverte jusqu'à la taille, lui tient le sexe d'une main et de l'autre défait son blouson et son pantalon, révélant la ligne de poils sombres qui monte le long du tronc pour s'épanouir abondamment sur la poitrine en une espèce de palmier. On distingue, sur l'abdomen du flic, le quadrillage presque parfait que dessinent les muscles.
L'archange, d'un coup d'oeil à travers les jours de la tôle, observe les mouvements de la rue. Puis il embrasse son voisin sur la bouche et descend le long de la ligne médiane de son buste, jusqu'à ce que la verge soit en face de son visage. Il en suce le bout et le côté inférieur, en tenant d'une main les couilles, qui sont lourdes et rondes. Un moment, il serre les dents, contre lesquelles le membre vient buter. Quand il les entrouve, le sexe du garde s'enfonce aussi loin qu'il le peut, lentement avançant et reculant. La tête du géant aveugle se profile parmi les nuages. La tête du géant aveugle se profile parmi les nuages. Sa jambre gauche est tendue en arrière, sa jambe droite à demi ployée. Il est adossé à la cloison. Mais n'est-ce pas plutôt PEEP ? L'agitation serait due , dans une large mesure, à des éléments étrangers infiltrés.
Dans un rectangle inscrit au cadre de la toile est indiqué en lettres régulières le nom de l'artiste, ainsi que les dates de sa naissance et de sa mort. C'est donc à un renversement de l'ordre établi que l'on est invité à procéder. C'est donc à un renversement de l'ordre établi que l'on est invité à procéder. Trop de subtiles touches, dès l'ouverture, font jouer leurs légères variations sur les thèmes principaux exposés par la suite pour qu'elle ne leur soit pas, en fait, postérieure. C'est du moins ce qu'affirme le commentaire du disque, au revers de la couverture.
L'avers porte une photographie de lui. L'avers porte une photographie de lui. Il y est à peine reconnaissable, comme d'habitude. Ses tenues sont toujours diverses, ses poses chaque fois différentes, malgré le même air artificiel et emprunté. Lui aussi est parti. Lui aussi est parti. Il donne à Philadelphie un récital organisé par la Croix-Rouge. Les deux frères s'embrassent sur son gland, qu'ils se passent et se repassent.
Un peu plus tard, le représentant de l'ordre observe lui aussi, à travers les carrés et les rectangles qui trouent, ici et là, la fine armature gondolée de la tôle, la tournure qu'ont prise les événements. Puis, réajusté hâtvement, il sort. L'archange et Tom le suivent vers un passage étroit, entre les maisons, qui par la suite ne sera jamais retrouvé.



Les jardins du quai Branly dominent la Seine, dont les sépare une balustrade blanche. Une longue allée, qui suit cette balustrade tout du long, va s'éclaircissant comme le jour tombe. Elle est bordée elle-même par une bande de gazon que ponctuent, de loin en loin, des massifs de buissons taillés au carré. En raison des événements, justement, l'activité est intense. Le maintien de l'ordre retient ailleurs la police. Nulle crainte des indicateurs, ou d'une rafle, n'interrompt un instant le ballet déchaîné qui s'est noué. Seuls ou par petits groupes, des centaines de garçons se croisent et s'observent dans l'allée. Ils se parlent. Ou bien ils pénètrent dans les buissons où se déroulent, innombrables, d'allègres copulations. Un adolescent blond entièrement nu va en dansant d'un massif à un autre. Des groupes industrieux et gais se pressent autour des garçons les plus beaux. Mais je aperçois un soldat en uniforme, un peu réservé, à l'écart. Le voilà. Il rit. Je ris. Nous courons à travers la pelouse. Nous rions, nous ne pouvons plus nous arrêter de rire. Près de la balustrade, nous reprenons souffle. Quel rire ! Je l'embrasse. Nous nous embrassons, nous nous mordons de joie. Puis nous reprenons notre course. Nous dévalons notre marche et nous arrivons sur l'avenue. Il m'entraîne. » Léger détour par le Champ-de-Mars. La caserne est place Dupleix.
À Pondichéry, Tom et Marc se retrouvent l'après-midi, sur les hauteurs. Ils marchent. De la ville, à leurs pieds, on pourrait croire qu'aucun mouvement ne se dérobe à leurs yeux. Une femme indigène dépasse la grille, hésite sur le parvis, pénètre sous le porche. La place est vaste, déserte, poussiéreuse. On voit la maison, les stores baissés, derrière laquelle s'étend un jardin tout en longueur, entre deux murs parallèles. Un gros homme en nage sort de la cour d'Appel. Sur les marches, il est ébloui par la lumière. Sur les marches, il est ébloui par la lumière. Une main au-dessus des yeux, il regarde dans la direction du port. Puis il oblique vers les arcades, où l'attend une grosse américaine blanche, poussiéreuse, décapotée.
Nous parlons de la France. Nous parlons de la France. Il paraît que chez sa grand-mère, dans la Marche, il y a des corridors souterrains, qui se croisent et qui se recroisent, et qui permettent, s'y est-on engagé, de communiquer avec divers points alentour, à des lieues de là. Denise est coiffée à la Jeanne d'Arc. C'est une femme déjà âgée, semble-t-il, un peu forte, strictement vêtue, grisonnante, presque virile. Marc est-il le fils du jardinier allemand, ou bien du reporter à culottes de golf dont il a déjà été question ? Il y a là des histoires enchevêtrées. Mais l'habitation elle-même n'est qu'une énorme tour carrée, flanquée aux angles de quatre autres, rondes, plus petites. Des porte-fenêtres très élevées ouvrent sur un large balcon qui fait le tour de la maisons sur trois de ses côtés, en épousant les formes symétriques.
Tous les deux parlent du roman que A… est en train de lire, dont l'action se déroule en Afrique. Un double escalier, en demi-cercle, descend vers un jardin assez petit qui occupe une terrasse au-dessus de la vallée. Melville s'engage comme boy sur un voilier. Les allées sont droites et régulières. Les allées sont droites et régulières. Le récit évoque son idylle, dans une des îles Marquises, avec une belle indigène.
À l'intersection des deux principales se trouve un bassin avec un jet d'eau. Le sable a été ratissé méticuleusement en de longues lignes parallèles et même, parfois, en de fins quadrillages. De l'extrémité de la terrasse on peut voir l'Indre, une centaine de mètres plus bas, et la route et la voie de chemin de fer qui la suivent de part et d'autre. Une petite grille basse, couverte de lierre, perpendiculaire à la balustrade où elle est assise en équilibre, sépare le jardin de la forêt où je marche la moitié du jour, un livre sous le bras. Des directions nouvelles s'ouvrent interminablement. À moins que ce ne soit Les Enfants du capitaine Grant, peut-être ? Ou les tristes aventures de Billy, le mousse michelangelesque du capitaine Vere ? On vient d'en tirer un opéra, disent-elles, le saviez-vous ? Et l'on ressortait caresser leurs pantalons à pont sous les sombres arcades. Il paraissait plus jeune qu'il ne l'était vraiment, grâce à l'expression adolescente de son visage encore tendre, dont le teint naturel avait une pureté presque féminine, mais où, sous l'influence de la mer, les lys avaient tout à fait disparu et les roses perçaient à peine sous le hâle. Qu'on se reporte à L'Arc, encore une fois, et aux "Anges sacrifiés", passim. Mais il faut donc renoncer, choisir, ne pas s'étonner de se retrouver, après avoir des heures tourné en rond le long de sentiers inconnus, au carrefour le plus familier.
Et justement, à mon retour, la femme en vert, jeune encore, tient dans sa main droite une ombrelle blanche, dont elle doit se servir pour se maintenir dans cette position précaire, relativement inconfortable. Ses cheveux, longs et très abondants, roux, ou plutôt blond vénitien comme je le constate de plus près, tombent de part et d'autre sur ses épaules. On devine ses seins lours et fermes, étonnamment volumineux. La tête tournée très sensiblement vers la gauche, elle regarde au loin, et bien qu'elle ne tourne pas le dos à l'homme qui a pris la photographie, et qui doit être Paul, ses yeux considèrent un espace absolument opposé à celui où il se trouve. Lui ne peut voir son visage qu'à profil perdu.
Les deux images, rigoureusement identiques, en couleurs, ont pour support une plaque de verre rectangulaire, divisée en deux parties égales et entourée d'une bande de toile où une main inconnue a écrit, au revers, en lettres blanches sur le fond noir, Jours de 1913. Sur la plaque suivante, trois jeunes filles sont assises à côté de l'arc immense de leurs bicyclettes. L'avenue, bordée d'ormes, fait en s'élevant plusieurs tours sur elle-même. Elle arrive enfin à un portail très ouvragé que surmonte un blason, mi-partie d'argent et de sable. On a à travers lui une bonne vue de la cour, des communs et de la tour elle-même, carrée, flanquée aux angles de quatre autres, rondes, plus petites. Maurice, le garçon de ferme, est aux prises avec l'intendant et sa femme. Maurice, le garçon de ferme, est aux prises avec l'intendant et sa femme. D'après les bribes de conversation qui parviennent jusqu'à la fenêtre ouverte en avant de la table où sont disposées bien en ordre tous les instruments de / tous les instruments de / il paraît que le bal du quatorze juillet, sans l'intervention du maire, aurait été le théâtre d'un crime. En tout cas l'histoire du tennis est arrangée.
En tout cas l'histoire du tennis est arrangée. En tout cas l'histoire du tennis est arrangée :
« Mais bien sûr, quand vous voudrez, Marc sera trop heureux. E tutti i pomeriggi erano buoni, se la cosa mi interessava — aveva agiunto —. Oggi, domani, dopodomani : potevo andare quando volevo, portando con me chi volevo, e anche il sabato naturalmente.
Le filet est suspendu à un câble, dont les extrémités sont fixées à deux poteaux. Il sépare deux parties rectangulaires égales, où sont tracées méticuleusement des bandes blanches symétriques. Il sépare deux parties rectangulaires égales. Il sépare deux parties rectangulaires égales. Les joueurs se divisent en deux camps : le sort décide du choix du côté et de la priorité du service pour le premier jeu. Le servant doit se tenir les deux pieds au repos derrière la ligne de fond, entre le prolongement imaginaire de la marque centrale (généralement matérialisée par une amorce de ligne) et celui de la ligne de côté. La balle de service doit passer au-dessus du filet et toucher le sol sur le carré de service opposé en diagonale ou sur l'une des lignes qui limitent ce carré ; en effectuant le service, le servant se tient alternativement derrière la moitié droite, puis la moitié gauche du court, en commençant à droite dans chaque jeu. Il y a faute de service si le servant manque la balle en essayant de la frapper ; the big blond boy already knows this ; there is a touching gallantry in his defense. He is so sweet naturedly beautiful, so nobly made ; and yet his classical cream marble body seems a handicap to him. The rules of the game inhibit him from functionning. He is fighting at a hopeless disadvantage. He is fighting at a hopeless disadvantage. He should throw away his useless racket, vault over the net, and force the cruel little gold cat to submit to his marble strength. No, on the contrary, the blond boy accepts the rules, binds himself by them, will suffer defeat and humiliation rather than break them.
Donc, nécessairement, ici, quelques pages. Il faut casser le dos de la reliure pour offrir à l'oeil un champ plat et reposer le poignet. C'est-à-dire que son poteau à lui l'amènerait victorieusement là où il n'avait sans doute jamais réussi à la conduire, lui ferait passer le goût ou l'envie d'un autre poteau (est-ce que je m'exprime bien ?), etc.
Une ligne légèrement concave sépare deux parties rectangulaires égales, où sont tracées méticuleusement de petits caractères noirs, serrés, égaux, étonnamment réguliers. On ne sait si Colomb crut dès le début être parvenu à certaines dépendances des Indes, et les interprétations divergent sur ce point : toujours est-il qu'il meurt dans cette erreur. Toujours est-il qu'il meurt dans cette erreur.
Chaque ligne a le même nombre de signes, ou de blancs. Mais qu'est-ce qu'une tasse ? Chaque page a le même nombre de lignes. Poussant ses fesses en sens inverse, elle accueille en elle le membre raidi qui la pénètre légèrement de biais. Et les paragraphes s'ajoutent aux paragraphes, indifférents. Et les paragaraphes s'ajoutent aux indifférents.
La police aura tôt fait, ajoute la même voix légèrement théâtrale, de démasquer le chef d'orchestre clandestin et de mettre un terme à l'anarchie. Giocate, giocate pure : non è di voi che stiamo parlando. La couverture est blanche et verte. La couverture est blanche et verte. Puis : George peeps out of the window between the slats of the venetian blinds and sees, in the far distance, the two tennis players still at their game. Ceci est familier, se dit-il, comme il débouche, de la rue de Pondichéry, sur la place Dupleix — un homme entre deux âges, maintenant.



Il pousse la porte du square. Elle est basse, et faite d'un grillage à l'entrecroisement régulier. Une tasse, à deux places, occupe un angle. Il y a aussi un kiosque à musique. Lui s'assied sur un banc, hâve, l'air transi. Les revers de son pardessus sont relevés. Les revers de son pardessus sont relevés contre son visage, malgré la saison. Le docteur Margon a été formel. La caserne est toujours là, à peine changée depuis le jour, il y a des années et des années, de son aventure avec le soldat. Mais tout autour se sont élevées d'immenses façades de verre, scandées seulement par le jeu de fines armatures d'acier, qui dessinent d'innombrables rectangles et carrés. Les nuages et leurs mouvements s'y reflètent de façon fractionnée et incomplète, à moins que ce ne soit une silhouette, un profil tourné vers le ciel. Il se voit dans les vitrines. Il se voit dans les vitrines. Une dizaine de jambes de femmes identiques sont alignées, le pied en haut, la cuisse sectionnée à l'aine, le genou légèrement fléchi, à ses côtés sur le trottoir. Un autobus vert passe au fond d'une librairie dont ses glaces, pourtant, l'une après l'autre, montre la devanture, agitée de vagues colorées. Un vieil homme à lunettes, qu'il prend pour le libraire, l'observe par-dessus les livres. Mais leurs coudes se touchent. Mais leurs manches se touchent. Le reflet et la transparence superposent les images, les confondent.
Il lit distraitement les inscriptions des marquises. Time Square. Ici fut exterminée toute une tribu d'Indiens. C'est là que Hawthorne a écrit The Scarlet Letter. Les haies descendent en se croisant autour des champs jusqu'au bord où viennent battre les infimes vaguelettes du lac. J'avais entendu dire que George Sand était le type du romancier. J'avais entendu dire que George Sand était le type même du romancier. L'action s'engage. Elle me paraît d'autant plus obscure que je rêvasse pendant des pages entières à tout autre chose. Il s'ensuit des combinaisons inattendues. De hautes maisons ne servent plus, dirait-on, qu'à supporter des lettres gigantesques. Ici, il fait nuit. Le leader de la subversion ressemble comme un frère à ceux qu'il vient de renverser. Mariage d'Ann et de Mark. Mariage d'Ann et de Mark. Au méridien de Greenwich c'est le milieu du jour. Ils sont tous à moitié allongés sur le tapis, en demi-cercle autour du récepteur. C'est tout un itinéraire impassible, illogique, depuis toujours figé dans ses particularités par des motifs compliqués. Denis Duvert est interviewé au sujet de son livre. Or, dès la moment où la fiction devient cet échange sans fin, « Balls ! », dit-il, ou bien :
— Tu es mûr pour Bellevue.
Nous nous dirigeons vers Central Park. Nous nous dirigeons vers Central Park. La murette occidentale doit être suivie un dimanche soir, ou un mardi soir, ou n'importe quel soir, au printemps, après qu'on a dîné. On peut partir de Columbus Circle. Les trottoirs sont larges. Les trottoirs sont larges. Seuls, ou par petits groupes, des centaines de garçons s'y croisent et s'y observent. D'autres, plus nombreux encore, sont assis sur la murette même, à des intervalles réguliers. Ceux qui marchent inventent autour des autres, d'un passage l'autre, en souriant, les entrechats d'un ballet de plus en plus compliqué, précis, savant. Ils se rapprochent. Ils les touchent. Ils les caressent. Puis éventuellement ils pénètrent dans le parc et se dirigent vers les coins les plus obscurs, vers les fourrés les plus denses. S'y déroulent d'allègres copulations, qu'interrompent un instant, de temps en temps, la crainte des indicateurs, les racketteurs, ou une rafle. Tout le londe rejoint alors l'avenue, bien décidé à nier contre toute évidence.
Des timides sont d'ailleurs restés assis sur la murette, tout au long, à parler de Venise pendant l'hiver, ou de Gênes. Trois jeunes travestis rêveurs, à l'instar de Parques distraites, mais véridiques, commentent d'un air distrait l'interminable défilé et échangent leurs prédictions impartiales, fondées sur la seule apparence, quant au sort réservé parmi les buissons à chacun de ceux qui pénètrent dans le parc et qui se dirigent vers les coins les plus obscurs, vers les fourrés les plus denses. S'y déroulent les allègres entrechats d'un ballet de plus en plus compliqué, précis, savant, compliqué, qu'interrompent de temps en temps, un instant, à des intervalles compliqués, à des intervalles réguliers, les coins les plus obscurs, les fourrés les plus denses, les buissons les plus timides, les plus rêveurs, les plus les plus décidés à nier contre toute évidence :
— Est-ce que tu connais L'Assemblée dans un jardin, au palais Bianco ?
Peter Morgan parle d'un récit que lui a fait l'épouse de l'ambassadeur, un épisode de son enfance au Laos dont il a l'intention, bien que les dates ne coïncident pas, de faire un souvenir de son roman. Les petites filles ont vu celle-ci s'arrêter devant leur balcon, leur sourire. Les dates ne coïncident pas. Il voudrait substituer à la mémoire abolie de cette femme le bric-à-brac de la sienne. Ces mots à peu près également répartis sur deux pages en vis-à-vis, que sépare une ligne légèrement concave. Et au bas de la seconde. Et au bas de la seconde :



À la hauteur de la résidence de l'ambassadeur, Peter Morgan disparaît dans les jardins. Le jeune garçon assis devant une table et du papier, dans un grand fauteuil au dossier qui va s'évasant, blanc et vert, le voit quitter l'allée de lauriers-roses, et faire quelques pas vers les tennis, déserts à cette heure, en cette saison. Ou bien quelqu'un qui lui ressemble, qui pourrait être lui. La vue ne passe pas par-dessus la balustrade, mais à travers elle, et l'homme qui marche n'est donc aperçu que par intermittence, à ses jours. « Le parc sent la vase, c'est la marée basse, sans doute. » « Les palmes sans ombre du Népal se tiennent immobiles. » « Il y a contre le grillage qui borde les tennis une bicyclette de femme. » Et ainsi de suite.
Plus loin, mais on entend leurs voix, un groupe, des femmes surtout, tout un aréopage dans des chaises longues : que le désir a ses plages. Au début, la résidence était un complet bric-à-brac. Mais elle a su décider ce qu'il fallait garder, voir ce qui allait ensemble, écarter ce qui n'avait pas sa place dans ce qu'elle essayait de faire. Savez-vous, dit George Crawn, que Peter fait un livre à partir de ce chant ? Il y a mes Indes, les vôtres, celles-ci, celles-là, dit What's-his-name — et il sourit —.
Ou bien : que le désir, à cet âge… À Venise, l'hiver. Au début de l'hiver. Le matin, à pied à son âge, de la Ca d'Oro jusqu'à la Salute, ou jusqu'à l'Arsenal. Ici est mort l'auteur de Parsifal, signale une plaque, juste après que Renoir eut peint son portrait. Ce qui semble acquis, c'est que. Mais le reste de ses paroles se perd. Mais le reste de ses paroles se perd. Décidé de ce qu'elle allait garder, complété les séries, vu ce qu'appelait telle ou telle pièce, fait jouer les analogies, les rapports de. Moins que ce ne soit au Cercle, ce n'est pas parfaitement clair. En un sens, comme dirait. Ce qu'on peut faire aussi, ce que vous faites, semblerait-il, je ne sais pas, remarquez, je ne vous connais pas, c'est de mettre ses Indes ensemble. En tout cas tout le monde s'accorde à dire que l'ambassade est un des endroits les plus. Un des endroits les plus.
Fameuse par ses toilettes, autant que par le nombre de ses liaisons. Oui, vous avez le feu vert. Ici, à Calcutta. Mais attendez, vous parlez de… ou bien de…
— Oh vous savez, sur bien des points, ce qu'on peut dire de l'une…
Ou bien la phrase sur son excentricité, encore, en guise de flèche du Parthe. Cela va passer, dit l'ambassadrice de Turquie.
« L'orage cesse brusquement, le soleil apparaît dans une éclaircie de quelques minutes, et puis le trou, dans l'épaisseur des nuages, se colmate de nouveau. »
Dans une rafale silencieuse, les ombres du jardin sont arrachées. Sir Ralph s'agenouille devant elle et lui dit :
« Maintenant, Indiana, il faut que tu me pardonnes tout le mal que je t'ai fait, afin que l'auteur, afin que l'auteur, donnant le seconde, n'a pas jugé bon de faire disparaître la première. Mais ils n'ont pas l'air de prendre un grand plaisir au texte. Mais ils n'ont pas l'air de prendre un grand plaisir au texte. Come facevo, a non capire ? Come duravo a vivere, senza sentire ?
Tu parles. Tom, l'archange, pendant ce temps-là, est allongé sur le ventre, totalement nu. Ses cheveux blonds, longs et très abondants, sont épars sur le drap blanc. Le représentant de l'ordre est à genoux entre ses jambes, sur le lit, nu lui aussi. Il est élancé, avec des épaules carrées. Il est élancé, avec des épaules carrées. Une ligne de poils sombres monte à partir de son sexe, le long du tronc pour, s'épanouir abondamment sur sa poitrine en une espèce de palmier. On distingue toutefois, sur son abdomen, le quadrillage parfait que dessinent les muscles. Il bande déjà. Ses couilles sont lourdes et rondes. De la langue, il suit les deux demi-cercles que forment les fesses, puis la fente du milieu. Il glisse le long de la ligne médiane, légèrement concave, du dos, jusqu'à ce que sa verge soit en face du cul. Il est soulevé sur ses bras tendus. Il est soulevé sur ses bras tendus. Ses deux mains prennent appui sur le lit, de part et d'autre des épaules de Tom. Plus tard, il le pénètre d'un seul coup, de tout son long, et vient se plaquer contre lui.



Mais le rectangle devient blanc. Pour que la bande continue, il faudrait, à ce moment-là, introduire une nouvelle pièce dans la machine. L'homme grisonnant, à genoux devant lui dans la pénombre, et qui lui suce le sexe, s'y propose. Mais il en a assez vu. Mais il en a assez vu. Réajusté hâtivement, il sort. Sur la quarante-deuxième rue, près de la grande bibliothèque publique et au-dessus des bureaux souterrains de Morgan, des passants indécis marchent dans les deux sens, regardant aux vitrines de librairies porno des photographies d'adolescents blonds presque nus adossés à des troncs d'arbre. La transparence et le reflet superposent les images, les confondent. Disposés sur un plan légèrement incliné, des magazines aux couvertures en couleurs sont alignés les uns à côté des autres sur quatre rangs superposés. Leurs bords inférieurs reposent sur des baguettes clouées horizontalement sur la planche (ou le contre-plaqué) et qui les empêchent de glisser. Ils sont de formats à peu près identiques. Ils sont de formats à peu près identiques. Il saute quelques pages. Il saute quelques pages.
Les feuilles sur lesquelles il écrit ses rapports sont blanches pour les livres français, vertes pour les étrangers. L'auteur d'un manuscrit rejeté en envoie une nouvelle version, trois ans plus tard, sous un autre pseudonyme. Le jeune lecteur de l'impératrice se tient auprès d'elle, légèrement en retrait, tandis qu'elle soulève d'une main le rideau de la fenêtre et qu'elle regarde, de l'autre côté de l'avenue, le parc où jouait son fils enfant, il y a plus d'un demi-siècle.
Les personnages ont changé de nom, d'âge et même de sexe, et l'action se situe dans un autre pays, à une autre époque. Il paraît que leaves ne convient pas pour les battants, que ce n'est pas le mot. Matisse meurt à Nice. Le conservateur l'a dit, ne pourrais-je garder qu'une seule toile, celle-ci. Les transatlantiques ont été disposés en demi-cercle près du grillage. Mais l'intrigue est resté la même, les mêmes voilages, poussés par un vent léger, flottent encore, assez haut, loin du sol, les mêmes étrangères rousses continuent, pour sourire, de renverser la tête en arrière, et les vérandahs de s'écrire avec un h.
Certaines des femmes sont de type scandinave, avec de longs cheveux blonds et plats. La porte de la boutique est en retrait par rapport à la vitrine, de sorte que les parois du renfoncement sont aussi utilisées pour l'exposition des magazines. Les couvertures représentent également des hommes et des femmes aux cuisses écartées. Par la porte ouverte, on peut voir quelques clients debout, la tête baissée, en train de feuilleter les revues disposées sur de longs comptoirs. Tout au fond, on distingue un mur ou une cloison, dans laquelle s'ouvrent d'étroits couloirs. Au-dessus, le mot PEP est inscrit en grandes lettres blanches alignées sur une courbe ascendante et suivies de plusieurs points d'exclamation.
J'en passe. Mais il en a assez vu. Mais il en a assez vu.
Dehors des passants indécis marchent dans les deux sens. Des lecteurs qui sortent de la bibliothèque sont indécis et mettent la main sur leurs yeux. Des touristes en nage, assis au pied des statues, consultent des cartes. Puis il arrive à un jardin assez petit, qui occupe une terrasse au-dessus du traffic. On y accède par quelques marches. On y accède par quelques marches. Ce jardin est composé de deux parties rectangulaires égales, jointes par une passerelle. Il pousse la porte basse, faite d'un grillage à l'entrecroisement régulier. Le sable des allées a été méticuleusement ratissé. Le gazon est vert, bien entretenu.
Par-dessus la balustrade blanche qui marque l'extrémité de la terrasse, et grâce à une échancrure entre les maisons, on peut observer, en contre-bas, le long du fleuve, un immeuble à l'immense façade de verre, scandée d'acier. Le petit homme et son invraisemblable machine sont maintenant dans les airs, au-dessus de la mer, toutes ailes au vent entre les nuages. Et elle voit soudain s'infléchir son essor. Et elle voit soudain s'infléchir son essor. Il décrit en direction des vagues aux crêtes blanches, dans la baie, une courbe de plus en plus marquée. Il se tue. Il se tue. Il meurt. Il se noie.
Mais il me semble, à la réflexion, qu'elle est maintenant mariée, aux côtés de son mari sir le rivage, et que cette scène se déroule cette fois durant son voyage de noces, après le tournant du siècle. Près de vingt ans auraient donc passé depuis son premier séjour à Cannes, chez une tante riche et excentrique, à la mort de sa grand-mère. La petite fille, suivie de son cochon d'Inde sur la Croisette, voit un sauvage qui marche sur un fil, entre deux palmiers. Au sommet de leurs troncs lisses, les palmes s'épanouissent en bouquet, comme un jet d'eau, et retombent sous leur poids en s'arondissant. L'ange cycliste se prépare à s'envoler. L'ange cycliste se prépare à s'envoler. Il faudrait vérifier.
Une femme est assise sur un banc, vers le fond du jardin. Elle lit quelque chose de Mazo de la Roche. Au moment de ces événements, Adeline, on s'en souvient, est presque centenaire. Il y a beau temps, plus de trois-quarts de siècle, qu'elle a quitté les Indes et cette petite ville de garnison dont sa maison et le roman — la série de romans — portent le nom. Eden, son petit fils, le plus beau des Whiteoaks, le poète, a disparu. Melville aussi, abandonnant sur son île sa naïve fiancée. Il arrive un moment, de même, ou Archer prend la première place, où il n'est plus question de Jacob, ou seulement par référence, au passage. Perceval, qu'ils aiment tous, part pour les Indes. Il y fait une chute de cheval et se tue. Tristam ne revoit jamais les rives du Tage. « And Peter Walsh had gone off to India. »
— Eton ?
— Harrow.
— Oxford ?
— Cambridge.
Quelle histoire ? Quelle histoire ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
La ville a des canaux entre ses parcs, comme une Venise arcadienne. Ralph is very fond of Gardencourt. Au bord tristement doux des eaux, je me retire. »
Ce ne sont que jeux blancs et verts dans la jeunesse, dans la campagne anglaise : courses, golf, polo, cricket, tennis, tir à l'arc, avec leurs interruptions inexplicables, un espace vide, un temps mort de longueur indéterminé, pendant lequel il ne se passe rien, pas même l'attente de ce qui viendrait ensuite. »
Mais écrire, n'est-ce pas tirer des traits sur une cible blanche, mobile ? » : (Au revers de la couverture, avec une photographie de l'auteur, né à Paris, trente ans. « Doit-on vous le rappeler ? Le propre frère de Virginia, tant admiré à l'université, meurt très jeune. Dire blanc l'acte (: lire la mise en place, étonnament rapide et précise, de la flèche : celui d'Indiana, Marc de Serrans, à la suite d'une dette de jeu, prend passage sur un navire de commerce battant pavillon libérien et connaît en Amérique du Sud des aventures qui demanderaient à être examinées, recoupées, relues. Il envoie des lettres que j'ai vues, un jour, dans des pièces nues aux stores baissés. Un photographie le représente en uniforme blanc, un sextant à la main. Dans le jardin public de Para, il marche longtemps le long des allées, entre les palmes — ou bien quelqu'un qui lui ressemble, qui pourrait être lui. Sur sa requête, ils l'ont laissé seul un moment. Il se dirige vers le fond du parc. Il se dirige vers le fond du parc. On y a fait construire un pavillon chinois, sur pilotis, dont il gravit les quelques marches. Il observe les motifs de la décoration, quelques formes assez peu nombreuses, finalement, aux récurrences trompeuses.
Dans la bibliothèque vide, il faudrait donc s'avancer soi-même entre les rayons, marcher, renoncer à des directions qui s'ouvrent interminablement de part et d'autre, s'aventurer au hasard, fermer les yeux, fermer les yeux, laisser aller la main sur le plat des reliures. Paul Revere, par exemple, ne traverse pas les lignes anglaises. On ne peut pas aller en automobile de Calcutta à l'embouchure du Gange en une après-midi. Les Parques ne font pas de prédictions. Elle n'a pas de liaison avec un wattman. Elle n'a pas de liaison avec un wattman. Il n'y a pas de zoo à Marianna. À Marianna, dans l'Arkansas, il n'y a pas de zoo. Ce n'est pas la fin de l'été indien. Colomb n'hérite pas des cartes et des secrets de son beau-père. Sur la droite, quelques hommes et quelques femmes à demi nus joignent les mains, inclinant la tête, le dos courbé, ou mettant un genou à terre. Quelques-uns d'entre eux sont encore cachés par une végétation exubérante, de larges feuilles découpées, ou minces, pointues, hérissées, que dominent de hauts palmiers aux troncs penchés et lisses au sommet desquels les palmes s'épanouissent en bouquet, comme un jet d'eau.
On ne peut pas se fier à la biographie écrite par son fils, qui diverge d'avec Las Casas sur ce point comme sur beaucoup d'autres, et dont on ne possède d'ailleurs que la traduction italienne, publiée à Venise. Mais la James River passe bien à Richmond. Et l'université de Virginia est bien formée d'un dôme central, assez vaste, flanqué de deux ailes très longues, parallèles, en retour.
Ces ailes enserrent le green, une pelouse bien entretenue qui dévale en pente peu accentuée, coupée de quelques marches, de loin en loin. Deux rangées de portes étroites, numérotées, s'ouvrent sur les colonnades qui se regardent. Le narrateur évoque à plusieurs reprises les heures passées là, à surveiller une certaine porte, celle de Mark, l'adolescent blond auquel il n'ose rien dire, qu'il perd de vue et qu'il ne reverra qu'une seule fois, vingt ans plus tard. Mais le campus est désert. Mais le campus est désert. C'est la fin de l'été indien.
Jour de la reconnaissance ! Quel temps ! me dit-elle, au fond l'été sans fin a laissé la petite ville à elle-même. Vous ne faites rien ici ? On ne vous voit jamais au golf, aux bals du Casino : vous ne montez pas à cheval non plus. _Who blew and were blown by those human seraphim, the sailors, caresses of Atlantic and Carribean love.
Nous formions, ce matin-là, un de ces couples qui piquent ça et là la digue de leur conjonction, de leur arrêt, juste le temps d'échanger quelques paroles avant de se désunir pour reprendre séparément chacun sa promenade divergente, au Touquet, à Balbec, à Carteret, dans le vent acide d'une Manche lointaine. Suivi de son inséparable chien roux, son ange gardien, il marche seul dans l'espèce de grand parc où sont éparses les maisons. Il oblique vers le fond. Il oblique vers le fond. C'est là qu'habite un jeune chef d'orchestre de renom, artiste en résidence cette année. Sa maison a jadis été blanche. Elle est entourée par des vérandas à colonnes qui partent des perrons. C'est parce qu'on voit tout à travers ces fins grillages, aux fenêtres. Lui aussi est sorti. Il doit être à une répétition. On dit qu'il exige d'innombrables répétitions.
« C'était bien après qu'il s'était approché à son tour de la bicyclette et qu'il l'avait perdue de vue, qu'ils s'était mis à siffler le vieil air d'Indiana Song. »
La vue ne passe pas par-dessus la balustrade, mais à travers elle, et l'homme qui marche n'est donc aperçu que par intermittence, à ses jours. Je ne peux que recommencer à vous dire : le jour de mon arrivée, j'ai vu une femme se diriger vers les tennis déserts. C'était tôt. Je me promenais dans le parc et je l'ai rencontrée. Voulez-vous que je continue ?
— Cette fois, dit le directeur, vous avez dit que les tennis étaient déserts, etc. (…) Ces tennis… allez, je vous écoute.
— Une bicyclette était là, contre le grillage des tennis, elle l'a prise et elle est partie dans une allée, reprend le vice-consul. Ou bien quelqu'un qui lui ressemble, qui pourrait être lui. « Le renseignements biographiques sur Jean-Marc de H. révèlent : ». Dernière ligne de la page 39. Dernière ligne de la page 39. Il est l'auteur d'une histoire des Croisades, et d'une vie de Marco Polo, qui ne fait que paraphraser, à vrai dire, l'illustre Vénitien. Un Serrans, ou Sarrans, se fait effectivement remarquer au siège d'Acre, où il semblerait, d'après certains obscurs récits de l'époque, avoir à lui seul retourné la situation. Ce rôle est controversé. Ce rôle est controversé. Mais après lui chaque branche se scinde et se multiplie à l'infini.
Certaines changent de nom, au hasard de terres ou de seigneureries acquises ou perdues ; ou bien l'orthographe se modifie encore, dans la pierre, sur des tombes, entre les herbes, sur des murs de couvents, des parchemins notariaux, d'antiques actes cadastraux. Il faut renoncer à des directions nouvelles qui s'ouvrent interminablement, avancer au hasard, comme au cours de mes promenades dans la Sarthe, ou bient dans l'Orne, ce pays blanc et vert aux pacages bordés de barrières vertes, fraîchement repeintes.
Il cherche un passage parmi les glaces de l'Arctique et dépasse ainsi la presqu'île de Melville, point extrême atteint par Parry. Il découvre à son retour qu'il a été nommé amiral. Plus loin, mais on entend encore leurs voix, des femmes surtout, dans des transatlantiques aux bandes de couleurs. Mark my words ! Ariane, ma soeur ! Que ce désir n'est pas sage. Vous vous souviendrez plus tard de cette chaleur, lui dit-elle, prenez-la comme ça, comme une chose dont vous souviendrez plus tard, vous verrez comme elle change. À Venise, l'hiver.
— Au début de l'hiver ? Elle était au mieux avec le vice-roi. Il faudrait consulter les archives, dit l'ambassadeur. Vraiment, vous n'avez jamais vu Strangers in a train— ? Halifax ? Halifax ? D'ailleurs les textes sont formels. D'ailleurs les textes sont formels. Ah, je te voyais dans les rues, toute la ville me parle encore de toi. Oui, oui, mais il ne portait pas encore ce nom-là. C'était avant la mort de son père. Est-ce qu'il ne s'agit pas d'une histoire de joueurs de tennis, plus ou moins ? Avec un échange de crimes ? Strangers on a train, plutôt : L'Inconnu du Nord-Express_. Ce qu'on peut faire, aussi, ce que vous faites, semblerait-il, je ne sais pas, remarquez…
Mais le reste de ses paroles se perd. Mais le reste de ses paroles se perd : avevano superato facilmente tre turni, et ora si preparavano a disputare la semifinale.
Le docteur Morgan parle du livre qu'il est en train d'écrire. Liaison, c'est beaucoup dire. Mais elle était en rapport étroit avec lui. N'est-ce pas le même acteur qui, dans un film dont l'action se situe à Venise, et qui a été tourné vers le milieu des années cinquante… ? _Inviting Peter Walsh to lunch ; cordial ; but without small talk, remembering nothing whatever about the flora ot fauna of India.
Pendant ce temps un garde de la reine, dans Saint-James Park, encule allégrement un des pages de service. She had been there, of course ; had stayed with three Viceroys ; thought some of the Indian civilians uncommonly fine fellows ; but what a tragedy it was — the state of India ! » (p. 198).
Le bruit d'un échange de balles, ici — là, ici —— là, si, ici ——— silence, le silence, et de nouveau, trois fois, quatre fois, davantage, le bruit de la balle prise de volée, relancée, ce mouvement, cet échange. Non si sentivano, dal punto dove eravano, gli schiocchi regolari que le loro racchette facevano, rimandandosi la palla ? ). Les dates ne coïncident pas. Plus rapide maintenant, le ballet déchaîné qui s'est noué :
« Giocate, giocate pure : non è di voi che stiamo parlando. »
Ce n'est pas parfaitement clair. Ce n'est pas parfaitement clair. Puis quelqu'un explique le côté abstrait du film, l'obsession de l'auteur pour les cercles, par exemple, pour tout ce qui tourne, jusqu'à faire figurer quatre ou cinq objets animés d'un mouvement circulaire dans un seul plan, vers la fin. Ils sont tous assis en demi-cercle autour de leur hôte, l'organisateur du débat. La réception est convenable un moment, mais à peine s'intéresse-t-on à ce qui se dit derrière l'écran, c'est de nouveau les parasites et le brouillage. D'ailleurs ce n'est pas un hasard si la première femme vend des disques. Avez-vous remarqué que…
Mais la jeune fille sauvage ne les écoute plus.



Les jardins de Riverside Drive, en effet, dominent l'Hudson, dont les sépare une ballustrade blanche. Une large allée, qui suit cette balustrade tout du long, va s'éclaircissant comme le jour tombe. Elle est bordée elle-même par une bande de gazon que ponctuent, de loin en loin, des massifs d'arbres et de buissons. Sortant donc du Thalia, non loin de l'université Columbia, je cours sur ce terre-plein, après le film, au début de l'été. Il fait nuit. J'ai quitté ma chemise et suis vêtu seulement d'un short blanc, très serré. Je suis élancé, avec des épaules carrées. Une ligne de poils sombres monte le long de mon torse. On distingue toutefois, sur mon abdomen, la quadrillage presque parfait que dessinent les muscles. Mes traits sont réguliers et mes yeux verts. Mes traits sont réguliers, et mes yeux verts.
Il entreprend, pour le compte de marchands anglais, deux expéditions pour rechercher un passage direct vers la Chine par les mers arctiques. Le mot passage est le premier de la colonne de droite, dans l'encyclopédie. La page est divisée en trois colonnes verticales. L'accumulation de caractères serrés leur donne une teinte grisâtre. La photographie en noir et blanc d'un palais en Indochine occupe le haut de la colonne de gauche. En 1609, il fit un troisième voyage aux frais de la Compagnie des Indes, d'abord vers la Nouvelle-Zemble, puis vers l'Amérique, où il découvrit le fleuve qui porte son nom et dont les sépare une balustrade blanche.
Dans une large allée, qui suit cette balustredde tout du long, des bandes de garçons se croisent et s'observent. Ils se parlent. Ils se parlent. Ou bien ils pénètrent sous les taillis, où se déroulent d'allègres copulations. Un adolescent presque nu est adossé à un tronc d'arbre. Son blouson en imitation de cuir lui a été presque arraché. Son blouson en imitation de cuir lui a été presque arraché. Son pantalon est sur ses chevilles. Tout un groupe industrieux s'affaire autour de lui. Puis il aperçoit Marc, plus loin, légèrement en retrait, et il se réajuste hâtivement. Il va vers lui, vérifie qu'il bande, et peut-être aussi la taille de son sexe, en passant la main sur sa braguette, et on les voit filer tous les deux vers un coin plus obscur, où les fourrés sont plus denses.
De temps en temps, la crainte des racketteurs, des indicateurs, des agents en civil qui vous font des avances, ou bien d'une rafle, interrompt passagèrement le ballet furtif qui s'est noué. Et en effet, une fois, une bande de Porto-Ricains, ou de Noirs, ou plutôt d'Italiens, brandissant des barres de fer ou des chaînes de bicyclette, rouent de coups un isolé, qu'ils laissent à moitié mort. Mais chacun, alors, dans une débandade générale, a depuis longtemps rejoint l'allée, bien décidé à n'avoir rien vu.
Il fait jour. Il fait jour. Le petit homme en blanc et la jeune fille sauvage sont d'ailleurs restés assis sur l'un des bancs, tout l'après-midi. Il est maintenant tout à fait lancé. Mais elle ne l'écoute plus. Mais elle ne l'écoute plus. Un d'Arcangelo dont je me souviens mal — que j'imagine, peut-être, qui n'existe pas : on lit dans un cercle, vers la bas, à droite, en lettres qui pourraient être d'Indiana, le nom de la marque d'essence, Texaco. Sur l'autoroute, très raide, dont les deux bords convergent à l'infini, est tracée méticuleusement une bande blanche en pointillé. Les Troyens à Carthage. La campagne alentour présente de beaux arbres, par grandes masses, des prairies, des barrières blanches fraîchement repeintes, ici ou là, au débouché de chemins creux.
Il ralentit. Sur le parking de l'université, il parque la grosse voiture blanche décapotée, dont les flancs poussiéreux ont été couverts d'inscriptions et de dessins divers — obscénités, coeurs, initiales… —, aucun emplacement n'étant plus libre depuis longtemps. Up yours. Puis il emprunte le passage dérobé réservé aux professeurs.
Au premier rang du cours, Tex est là, qui bâille et qui s'étire. Il arbore son fameux T-shirt vert à manches longues, marqué de l'emblème du collège. Au-dessus de l'insigne lui-même, qui porte la devise, est inscrit en lettres blanches régulières, disposées en demi-cercle, le mot INDIANA, et en dessous, symétriquement, dans les mêmes caractères et la même disposition semi-circulaire, UNIVERSITY.
L'exilé, sa jalousie calmée pour l'instant, fait passer parmi ses étudiants un livre ouvert dont il a cassé légèrement le dos de la reliure, pour offrir à l'oeil un champ plat. Sur la page de droite, les petits caractères noirs se succèdent, serrés, égaux, réguliers. Et un autre arbre de haut rang montait déjà des grandes Indes souterraines.
Et encore :
Des îles plus vertes que le songe.
En regard, on peut voir une photographie de l'habitation du poète. Un gigantesque palmier s'épanouit sur la gauche. Quelques personnages difficiles à distinguer sont répartis sur deux terrasses superposées. Celle de l'étage, en saillie, est une large galerie couverte, entourant la maison sur trois de ses côtés. D'ailleurs, vérification faite, il s'agit bien d'un ravenala. Mais le regard qui, venant du fond de la chambre, passe par-dessus la balustrade, ne touche terre que beaucoup plus loin, sur le flanc opposé de la petite vallée. Mais le regard ne touche terre que beaucoup plus loin. Mais le regard venant du fond de la chambre passe par-dessus la petite vallée. Mais le regard… Mais le regard…
Parmi le peu d'embarcations ancrées dans la dangereuse rade de Bourbon, le navire L'Eugène était en partance pour l'Europe. Indiana chercha longtemps l'occasion de parler au capitaine sans être observée de son mari : mais chaque fois qu'elle témoignait le désir de se promener sur le port, il affectait de la remettre à la garde de Sir Ralph, et lui-même les suivait de l'oeil avec une patience exaspérante.
Sur la couverture, dans l'édition Garnier, une gravure de l'époque, sans doute, représente plussieurs hommes debout dans une barque, au milieu d'une crique. On voit dans le fond un grand palmier et, au premier plan, un personnage qui a l'air d'un noir, à moitié allongé sur le versant très en pente du rivage. Sir Ralph (dit « l'Américain ») ne se départit pas d'un demi-sourire presque méprisant, ironique en tout cas, tandis qu'il s'incline avec raideur devant la jeune femme — on dirait par dérision. Il a été question plus haut d'un récit qu'il s'agissait de faire passer dans la réalité, là-bas, à Macao. Le film, toutefois, n'est qu'un assez pâle démarquage d'une oeuvre antérieure de l'auteur : même cadre exotique, mêmes établissements de jeu, même effets de lumière, même direction d'acteur.
« Mais la Russell n'est pas Gene Tierney », pense-t-il, tout en courant sous la pluie, torse nu, le long du fleuve. De toute façon, elle n'a aucune envie d'aller s'enfermer dans cette petite ville de province. Il attend cette phrase, il attend cette phrase, dont il connaît à l'avance chaque syllabe, chaque hésitation, la moindre inflexion de la voix, et qui tarde un peu trop seulement à se faire entendre. Car la femme est encore jeune : au lever du jour, elle raccompagne le marin. Poussant les jalousies à demi closes, lui et elle, encore enlacés peut-être, débouchent sur la vaste galerie couverte qui entoure la maison.
C'est un adolescent blond. C'est un adolescent blond. À la suite d'une histoire de jeu, il s'embarque sur un navire de passage. On trouve sa trace à Halifax. Puis il échoue à Recife, et de là à Para, avant que la ville change de nom et devienne Belém. À moins qu'elle n'ait porté les deux en même temps, c'est possible. Tout est possible. À cette distance tout devient possible. Tout cela est tellement ....................., tellement ––––––––––––––––, tout a tellement eu le temps de se
Dans le jardin public, il marche longtemps le long des allées, entre les palmes qu'on devine, sur la photographie. Puis il se dirige vers un kiosque chinois sur pilotis, après quoi, dit une première version, « les choses ne pourront plus jamais être les mêmes » (sic). Mais les dates ne coïncident pas tout à fait. Mais les dates ne coïncident pas. _E allora ? La realta è che il tennis — sentenzio, con straordinaria enfusi —, oltre che uno sport, è anche un' arte, e come tutte le arti esige un particolare talento… Le connaissait-elle ?
— Probablement, elle connaissait tout le monde.
Et chacun y va de son petit récit, commencé tant de fois, interrompu toujours. Ainsi, en 27, elle est aux adieux de Melba, à Covent-Garden. Oui, vous avez carte blanche. Fameuse pour son souci des liaisons. Fameuse pour son souci des liaisons. Il faudrait consulter les archives. Mais est-ce à vous que le rappellerai qu'en matière de service public, l'arrêt Bianco, de 1872, est formel, absolument formel ? Io… io le stavo di fianco, capivo ? non già di fronte : mentre l'amore, mentre l'amore — cosi, almeno, se lo immaginava lei — era roba per gente decisa a sopraffarsi a vicenda : uno sport crudele, feroce, ben piu crudele e feroce del tennis !
La partie se déroule cette fois sur un gazon vert tendre. Service !, crie l'une des voix. Un public d'élégantes en robe blanche applaudit. C'est la fin de la première manche. C'est la fin de la première manche. On apporte des verres, du sirop indien. The very geometry of basic reality. Lui, à la fin, ne faisait plus que des mots croisés. Puis il est terrassé par une crise cardiaque. No double entendre intended, I assure you. Oh, vous savez, la fameuse lumière du Sud, la fameuse lumière du Sud, comme dans les romans de Green, c'est surtout parce que…
Mais le reste de ses paroles se perd. Mais le reste de ses paroles se perd. Et deux femmes sont dans un jardin. La soprano déplore un funeste présage. Elle est agitée. La musique s'empare du vide, sous le lustre immense, animé d'un mouvement presque insensible. Puis se sont les couloirs, silencieux, déserts, surchargés d'une ornementation compliquée qui court sur le plafond avec ses rameaux semblables à des feuillages anciens, comme si le sol était encore de sable ou de graviers.
Grande beauté des voix sur les terrasses. La représentation continue. Un revolver à la main, il débouche dans le hall du théâtre. Elle est en train de le traverser en oblique. Elle est en train de le traverser en oblique. Elle a atteint les portes lorsque, se retournant à demi, elle l'aperçoit. La représentation continue. Ils se rejoignent sous la marquise, où ils restent un instant arrêtés, côte à côte. Lorsque X donne des explications détaillées sur la signification des gestes, la caméra montre à l'appui des points de vue illustrant ses thèses. « Pendant tout le récit de X, on ne voit jamais ni X ni A, mais uniquement la statue jusqu'au rire de A.
Voix de X : Pour dire quelque chose j'ai parlé de la statue. Je vous ai raconté que l'homme voulait empêcher la jeune femme de s'avancer plus loin : il avait aperçu quelque chose — un danger sûrement — et il arrêtait du geste sa compagne. Il arrêtait du geste sa compagne. Vous m'avez répondu que c'était elle, plutôt, qui semblait avoir vu quelque chose — mais une chose, au contraire, merveilleuse — devant eux, qu'elle désigne de sa main tendue.
Mais ce n'était pas incompatible. Mais ce n'était pas incompatible : l'homme et la femme ont quitté leur pays, avançant depuis des jours, droit devant eux. Certes on pourrait aller jusqu'à : ensuite vous m'avez demandé le nom des personnages. Ensuite vous m'avez demandé le nom des personnages. J'ai répondu que ça n'avait pas d'importance, pas d'importance, pas d'importance. — Ou bien même : alors j'ai dit que c'était vous et moi, aussi bien… (Un silence) ou n'importe qui.
Cependant le professeur exilé jaloux n'en fait rien. Mais le professeur exilé jaloux n'en fait rien. Au premier rang du cours, Tex a commencé à s'étirer. Il arbore son fameux pull-over vert à manches longues, aux armes du collège. Pour quelques marks, on peut d'ailleurs pénétrer dans ce parc de l'électeur de Saxe — lequel se trouve être, vous le remarquerez, l'ancêtre direct de l'auteur d'Indiana. Mais j'attache sans doute trop d'importance aux éléments biographiques.
C'est son dernier voyage à l'étranger : deux ou trois jours, tout à fait au début de l'été. Il y a ensuite une excursion à Arc-et-Senans, mais les grilles sont fermées, il ne voit presque rien. Un après-midi il va jusqu'à Versailles, par la route de l'impératrice, afin de marcher dans le parc, le long du grand canal. On sait cela par une lettre jamais envoyée et retrouvée ensuite dans ses papiers, dans une grande pièce nue aux volets tirés. Mais ce mois de juillet qui précède sa mort, il ne quitte plus Paris. Les vacances ont laissé la ville à elle-même, et aux touristes de passage.
Ses amis sont partis. Ils lui envoient des États-Unis, d'Angleterre, d'Italie, de l'Inde même, des cartes postales qui restent dans sa boîte à lettres. et l'une d'entre elles est de Marc.
Il va s'asseoir sur la terrasse du Jeu de Paume, se plaisant à observer, peut-être, aux jours de la balustrade, le mouvement, dans les deux sens, des rares passants. Puis il se met à explorer des squares, ceux du centre, d'abord, le long triangle du Vert-Galant, au bord de la Cité, ou bien celui de la rue du Bac, près des Missions étrangères, écrasé de soleil et désert ; ceux des confins, aussi, des squares inconnus, sur les boulevards extérieurs, vers Michel-Ange ou la Porte-Dorée, et même ceux de la banlieue, du côté de Colombes ou des Lilas.
Une éternité de beau temps s'est emparée des larges trottoirs blancs, à l'orée du Bois. Il marche, un livre sous le bras. France habitait la villa Saïd, l'informe une plaque. Les rues de ce quartier portent des noms de compositeurs. Du côté de Passy, il ya encore des tennis. Est-ce que déjà, se demande-t-il, les feuilles blanches quadrillées, à l'époque de la rue Lalo, vraiment… ?
Il croit entendre le bruit d'un échange de balles, toujours épousé, toujours décevant, toujours brisé. Avantage, crie une voix, ou bien Love ! Et de nouveau un rire, des nombres par deux, passe encore si un grand garçon blond tout en blanc, un crocodile vert sur sa chemise blanche, sa raie bien droite, les cheveux dans l'oeil — ou bien quelqu'un qui lui ressemble, qui pourrait être lui —, il vient ramasser une balle près du grillage et ne voit pas…
Un jour, de la rue de Pondichéry, il débouche sur la place Dupleix. Ceci est familier, se dit-il : un homme aux cheveux gris, à présent, avant l'âge. Il pousse la porte du square. Il pousse la porte du square. Une tasse, à deux places, occupe un angle. Lui, seul, s'assied sur un banc, blême, l'air transi. Les revers de son pardessus sont relevés contre son visage. La caserne est toujours là, à peine changée depuis son aventure avec le jeune paysan du Morvan qui faisait là son service. Mais il meurt peu après. Mais il meurt peu après. Et grâce au passage répété de la plume, ligne après ligne, sur les petits carreaux du papier blanc, les caractères se succèdent, presque égaux, étonnamment réguliers malgré tout. On penserait que chaque ligne a le même nombre de signes, chaque page le même nombre de lignes, chaque —————— le même nombre de ——————— (et les paragraphes s'ajoutent aux paragraphes, indifférents).



Le texte ne cesse de désigner les lois de son propre fonctionnement : c'est pour mieux, aussitôt formulées, les contredire. Anne-Mary Straighter n'est pas ébranlée par cette duplicité.
Le sexe du représentant de l'ordre est donc enfoncé jusqu'à la garde dans le cul de l'archange, sous lequel est venue se placer la femme du flic. Elle est jeune. Elle est jeune. Une ligne légèrement concave marque le milieu de son buste, du nombril jusqu'aux seins, qu'elle a durs et étonnamment ronds. Ses cheveux blonds, longs et très abondants, sont épars sur le drap blanc.
Le second garde est très semblable à son camarade, qui l'a amené, mais il est blond. Il est élancé, avec des épaules carrées. Une ligne de poils blonds monte à partir de son sexe, etc. On distingue toutefois etc. Ses couilles sont lourdes et rondes. La femme, allongée sur le dos, et que Marc, l'archange, est en train de baiser, s'efforce de les prendre toutes les deux dans la bouche en même temps. Puis elle enfonce sa langue entre ses fesses, qu'elle écarte des deux mains.
Le second garde, en effet, est à genoux sur le lit, de part et d'autre de la femme, son sexe juste en face de la bouche de Marc. Celui-ci en suce le bout, le côté inférieur. Sa langue rencontre sur les couilles celle de la femme. Un moment il serre les dents, contre lesquelles le membre vient buter. Un moment, il serre les dents, contre lesquelles le membre vient buter. Quand il les entrouve, le sexe du garde s'enfonce aussi loin qu'il le peut, jusqu'à la gorge, lentement avançant et reculant. Les deux représentants de l'ordre, le brun, qui encule l'archange, et le blond, dont il suce la bite, s'embrassent passionnément par-dessus lui. Puis ils se répandent en lui, en même temps, tandis qu'il jouit à l'intérieur de la femme, qui jouit aussi, d'un orgasme répété.



Le Texas est l'État où ils pénètrent maintenant. Un vaste panneau, au bord de l'autoroute, les en avertit. À terre est tracée méticuleusement une bande blanche régulière, en pointillé. Sur d'Arcangelo, ou D'Arcangelo, le petit homme aux cheveux blancs, lancé maintenant, parle sans fin. Comanche, Clarksville, Paris, Eden, Greenville, Orange, Lolita, Texarkana. Indubitablement, il récite un livre. The American highway speeding vertiginously into the future — a knife-edged path punctuated by billboards, route and speed-limit signs, and an occasionnal languid female hitchhiker. Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus. Mais la jeune fille sauvage ne l'écoute plus.
D'ailleurs il ne doit pas s'agir encore de Nicolas Calas et de sa femme. Around 1963 he added actual cyclone fencing (ill. 110), Venetian blinds, etc. Acrylic sur toile. Il jette un coup d'oeil, à travers la fenêtre, entre les lames de la jalousie, et il voit, dans le lointain, les deux garçons toujours à leur partie. Après une première faute, le servant a droit à un second service du même côté du court. La balle est à remettre si elle tombe bonne après avoir touché le filet (on dit, dans ce cas, que la balle est let).
À la fin du premier jeu, dans un simple, le relanceur devient servant et le servant relanceur. À la fin du premier jeu, dans un simple, le relanceur devient servant et le servant relanceur. Le filet sépare deux rectangles égaux où sont tracées avec soin deux bandes blanches symétriques. Toutes sont continues, et de lignes en pointillé il n'est désormais plus question. Toutefois, le grillage à l'entrecroisement régulier entoure bien le court sur chacun de ses côtés. Non si sentivano, dal punto dove eravano, gli schiocchi regolari che le lore racchete facevano, rimmandandosi la palla ? Des chaises longues, blanches, sont disposées en désordre sur le côté le plus long. Mais l'on n'en voit qu'une. Mais l'on n'en voit qu'une. Et d'ailleurs de dos, ou presque.
Un homme encore jeune y est assis, presque allongé. On ne peut apercevoir son visage qu'à profil perdu. Il a une barbe. Il porte une chemise à manches courtes, blanche, marquée vraisemblablement, mais on ne le voit pas, d'un alligator vert. Seul son bras droit apparaît nettement, bronzé et musclé. À la main, il tient un verre légèrement incliné, aux trois quarts pleins d'un liquide incolore. Y a-t-il plus à droite une table de jardin, blanche, sur quoi serait posée la bouteille, avec l'inscription Indian tonic ? En tout cas, les deux mots sont probablement étalés en caractères assez grands, soit dans la partie droite, soit en bas.
Tout cela, qui date du début des années soixante-dix, n'est plus parfaitement clair. Quoi qu'il en soit, devant l'affiche, des gens pressés et nombreux marchent dans les deux sens. Beaucoup sont vêtus avec recherche, en particulier selon un mode dite alors rétro, qui joue avec celles du passé et s'amuse à confondre les époques : imitations, démarquages de tenues en vogue trente ans plus tôt, ou vingt ans, ou seulement dix. Chez les plus subtils, la citation devient presque irrepérable. La référence est si proche et si retorse qu'ils ont seulement l'air un peu démodé. Il fait beau. Il fait beau.
Plus loin, on s'asseoit aux terrasses, sur les chaises cannelées à l'entrecroisement régulier, vertes et blanches, placées en biais par rapport à la table où elle s'apprête à reposer son verre :
« De vraies chaises de café parisien, explique l'étrangère, qu'on a fait venir de France, comme les tables, comme les garçons, lorsqu'on a construit pour le sultan, au fond du parc, au fond du parc, cette reconstitution d'une terrasse des boulevards. Il y vient seul, ou bien avec sa maîtresse, la modiste belge. La vue plonge sur les détroits. La vue plonge sur les détroits. Elle ajoute quelque chose, mais le reste de ses paroles se perd. Le reste de ses paroles se perd. Est-ce parce que l'exilé ne l'écoute plus ? »
Sur cette rive-ci, les divers quartiers gravissent les flancs de la Corne d'Or et débordent largement sur la Thrace. Ils marchent aussi sur les remparts. Ils marchent aussi sur les remparts. Mais c'est beaucoup plus tôt, le film beaucoup moins avancé, que, seul dans une grande pièce presque nue, il la guette à travers les stores baissés, tandis qu'elle est debout, en bas, sur la berge, près de l'aile gauche avant d'une grosse américaine décapotée, poussiéreuse.
— Ah, mais si, tout à fait, maintenant : de Welles, qui se passait à…
Mais lui, indifférent à un degré presque insultant, s'est déjà replongé dans sa lecture. Il faut casser légèrement ici le dos de la reliure. Quels paragraphes susciteront, quelles images, un regard long survolant les arbres, suivant dans sa course le géant aveugle, ou bien s'arrêtant, sur la toile, aux craquelures du vernis ? E intentanto ci indicava col braccio il viale che dopo un centinaio di metri si inoltrava dentro un folto di canne d'India. Anche a poter usare la bicicletta — avverti —, tre o quattro minuti bisognava sempre metterceli, soltanto per arrivare al « palazzo ».
De même, mais dans l'autre sens. Un jeudi de commençant avril, au début de l'après-midi, des femmes passent et repassent, parlant des tableaux et de leur accrochage, ou bien d'amies disparues, de cinéma ou de n'importe quoi. Comment, vous ne vous souvenez pas de L'Immortelle, non ? Oh là là, mais si, il y a des années et des années : elle jouait pour les aveugles de Venise, au Conservatoire. Guardi, Anna Maria Guardi…
Mais lui. Sur la page de droite, les petits caractères noirs se succèdent, serrés, égaux, étonnamment. En regard on peut voir la photographie du poète, sous les multipliants dit la légende. Ce sont des arbres gigantesques. Ce sont des arbres gigantesques. Ils forment une belle allée droite, à perte de vue, qui débouche peut-être sur l'océan Indien. Et quelquefois la passagère, adossée à la rambarde, vêtue de blanc sur une mer verte dont elle porte le nom.
Marc imagine qu'Indiana, à cet âge, dut créer une sensation à Paris. Un de ses grands plaisirs est d'assiter aux revues, sur le Champ de Mars. J.-E. Blanche peint son portrait. Chez la marquise, qui donne de petits concerts très courus, elle interprète des mélodies de Duparc. Et l'on ne voit qu'elle au cours de d'Indy. Mais pourquoi vouloir combler les cases vides ?
L'avenue est toute en arcades, de la Concorde jusqu'à la statue dorée de Jeanne d'Arc, et même au-delà. Du moins d'un côté, celui où l'adolescent bouclé à l'air angélique écrit dans un salon de thé. De l'autre, en effet, une longue grille la sépare du parc. Passée cette grille, en face, à peu près, de l'une des deux librairies anglaises, il suffit de gravir quelques marches pour rejoindre la terrasse du Jeu de Paume.
Elle forme un angle droit et, sur sa longueur la plus courte, elle domine la place, qu'on aperçoit à travers ou par-dessus la balustrade de pierre blanche. Le bâtiment qui est là, aujourd'hui un musée, était peut-être une serre. Une rampe en demi-cercle rejoint vers les jardins un grand bassin avec un jet d'eau et, ainsi, la vaste perspective qui s'allonge de l'arc du Carrousel à l'Arc de l'Étoile.
Autour du bassin ont été disposées quelques chaises longues et des fauteuils de fer, ajourés, peints en vert. Au-delà des pelouses, de grands arbres se détachent comme un décor de théâtre sur le ciel qui va blanchissant. On distingue encore, à leurs trouées, sous de certains angles, les balcons, les hautes fenêtres, les stores aux bandes de couleurs alternées d'immeubles identiques aux toits arrondis. Les statues représentent le retour de personnages divers, héros du siège de Troie, Ulysse, par exemple, en train de bander son arc. Ou bien s'agit-il d'un autre parc ? À moins qu'il ne s'agisse d'un autre parc.
De l'autre côté de la perspective, en vis-à-vis du Jeu de Paume, une autre rampe en demi-cercle, symétrique à la première, s'élève vers une autre terrasse. Celle-ci forme aussi un angle droit, porte aussi un bâtiment, aujourd'hui musée, qui jadis était une serre, si l'on en croit son nom, et domine aussi la place, dans sa longueur la plus courte, d'une balustrade blanche. Mais dans sa longueur la plus grande elle domine la Seine. Du parapet on peut donc observer, d'abord, une assez large avenue de grand trafic où ont été tracées méticuleusement des bandes blanches régulières, tantôt continues, tantôt en pointillé, puis, en contrebas, le fleuve.
Dans une longue allée qui suit le parapet tout du long, et que ponctuent de loin en loin des bancs doubles à dossier médian, des dizaines de garçons, seuls ou par petites bandes, s'observent et quelquefois se parlent. Trois dignes travestis, à l'instar des Nornes disertes d'un prologue d'opéra, commentent l'action et, pour eux-mêmes, mais à voix haute, très aiguë, et qui portent, soupèsent les chances de chacun dans la ronde des désirs. »
Tom rencontre là un certain Denis, un jeune cadre qui l'invite à venir chez lui. Il a une voiture de sport anglaise, une Morgan récente mais en tout point semblable, explique-t-il, à celle d'il y a quarante ans, les modèles de cette marque n'ayant pour ainsi dire pas changé et ressortant indéfiniment, d'une année sur l'autre, un infime détail ou non déplacé. Son appartement est sur deux niveaux, rue du Caire, et il parle, sans qu'on sache trop bien pourquoi, des rites de passage chez les Indiens de Colombie et de l'Acre. Puis ils mettent un disque et font l'amour. Puis ils mettent un disque et font l'amour.
Le sextuor L'Écho, justement, est au programme du conservatoire de Venise, cette année, avec ce concerto pour hautbois de Marcello que vous aimez. Ils vivent ensemble dans les capitales du monde asiatique, comme devait y vivre Leger, si l'on en croit sa correspondance, plus d'un demi-siècle avant eux. Il ne faut pas écrire, restons ici, de ce côté-ci, en Chine, aux Indes… »
Mme de Serrans a tout un réseau de relations. Son rôle est déterminant pour le concours. Mon désir de connaître Sir Ralph était donc très réel et très vif. Sur le grand canal, une femme qui n'est plus jeune, loin de là, tente de séduire un gondolier dépoitraillé. Elle lui propose de l'argent. Ils vont chez elle. Ce palais a été le théâtre d'un crime. Ce palais a été le théâtre d'un crime. La saison d'opéra ouvre demain, à la Fenice. Mais lui n'arrive à rien. Elle voit qu'il ne bande même pas.
De Tennessee Williams ? Il le croyait, mais apparemment pas. Il ne se souvient de rien, même pas de m'avoir lu ce récit aujourd'hui oublié, un soir, à Ravenne. Et tout l'après-midi nous avions marché dans la pinède de Classis, un livre sous le bras.
À Nashville, nous dansons. Près de la maison de sa tante, dans un quartier résidentiel qui domine la ville, loin du centre et de son Parthénon reconstitué, un peu ivres, vous dansez. Il fait nuit. Il fait nuit. Le mari lui a montré des photographies de son premier voyage en Europe, avec l'armée, en 18. Croiriez-vous que justement il était dans l'Indre ? Puis il est envoyé en première ligne. Puis il est envoyé en première ligne. Mark et moi, nous sortons. Vous courrez sur les pelouses. Ils rient, ils ne peuvent plus s'arrêter de rire. Ils sautent une barrière blanche. Ils s'embrassent et ils dansent, parodie d'un grand ballet classique, branlant pas de deux, farce d'ours, envolée brisée.
Toutes les maisons de ce quartier réservé aux blancs sont éparses dans une espèce de grand parc. C'est qu'aucune barrière fraîchement repeinte ne sépare les jardins. Et il fait jour. On est au début de l'été. L'homme en gris pénètre dans une grande pièce vide que l'ombre portée des stores vénitiens tapisse de longues bandes parallèles. Dehors, au-delà du porche avec sa balançoire, au-delà de la pelouse, il voit l'avenue comme dans la brume. Et cet effet de lumière confère aux rares voitures blanches immaculées, rebondies, chromées, décapotées, qui passent lentement dans les deux sens, une réalité tremblotante, accrue.
Il ouvre un tiroir. Il ouvre un tiroir. Il y trouve un sablier renversé et tout un bric-à-brac : quelques feuilles à petits carreaux, jaunies, couvertes recto-verso d'une écriture serrée, exagérément régulière et relatant, dans un style d'écolier, deux ou trois épisodes sans importance d'une enfance aux Indes, où il est question d'une vieille femme, ou d'un vieil homme, de stores tirés, d'une longue excursion vers la frontière du Népal ; un dessin, sur papier quadrillé également, où un petit homme entre deux âges tente de s'envoler, à cheval sur une étrange bicyclette ailée, tandis que sa femme court après lui en criant « Marcel, n'y va pas ! Marcel, n'y va pas ! » ; trois ou quatre cartes postales, représentant des sites célèbres ou pittoresques, l'opéra de Manaos, la place Saint-Marc à Venise, une habitation de blanc, en vue de la mer, dans les îles du Cap-Vert, le grand bassin du Carrousel ; un cliché aux couleurs ocres d'un adolecent blond dans un cadre de nacre, sur les marches du grand escalier de Macao ; et un livre poussiéreux, relié à la cathédrale, roman français du XIXe siècle dont il suit péniblement, de la main, les dernières lignes.
Le lendemain, je quittais Ralph et Indiana ; l'un m'embrassa, l'autre versa quelques larmes :
« Adieu, me dirent-ils, retournez au monde ; si quelque jour il vous bannit, souvenez-vous de notre chaumière indienne. »
Puis il aperçoit, sur la page de garde, quelques mots tracés à l'encre verte :
« En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir. »
La signature n'est qu'une initiale, qu'il n'est pas sûr d'identifier. La jeune femme porte une perruque, ou bien elle arbore une voilette, ou bien elle a horreur du rouge, ou bien elle s'est teint les cheveux. Mark la reconnaît, mais il n'en laisse rien paraître, et il l'engage comme secrétaire comptable. Il lui fait la cour sans beaucoup de résultat, et bientôt elle disparaît.
Que savons-nous d'elle, en effet, de sa vie pendant ces années vingt ? Faut-il s'en remettre aux récits d'une vieille dame jalouse, ou aux conversations des femmes sur les chaises longues, près des tennis ? Pourtant il se la représente assez bien : plus jeune que son âge, certes, car le passage du temps, longtemps, n'a laissé sur elle que peu de traces. Elle est assise au fond du parc. Elle est assise au fond du parc. Un grillage, peut-être ? En tout cas des meubles de jardin, blancs, percés de petits trous disposés en jet d'eau, ou en palmier, et elle, vêtue de blanc, penchée un peu en avant, ou un peu en arrière, et riant, ou souriant.
L'homme, en face d'elle, est jeune. Il porte une moustache bien taillée et un costume blanc, lui aussi, aux fines lignes parallèles. Il lui a pris les mains entre les siennes. On aimerait se souvenir mieux. On aimerait se souvenir mieux. Cela sur la table, sans doute, car il doit y avoir une table pour que la bouteille y soit posée bien en évidence, l'étiquette assez clairement lisible. Quant à savoir si la légende est en haut ou en bas, ou sur le côté droit — le gauche n'étant pas vraisemblable —, impossible. Le texte même, toutefois, ne peut être, en assez grandes italiques, que Le retour du tendre anis.
Marc, l'air transi, les revers de son pardessus relevés contre son visage, par ce temps, est assis sur un banc, juste au dessous de l'affiche bariolée, géante, qui épouse la forme arrondie, concave, des murs de la station, et qui se répète à brefs intervalles d'un bout à l'autre de la paroi courbe en céramique blanche détériorée. Qu'elle ait eu de nombreuses liaisons, toute sorte de passades, de toute façon, ce n'est pas douteux. Nous sommes à l'époque, les derniers mois de sa vie, où il s'est mis à explorer des squares inconnus, vers les confins de la ville. La grand-mère du narrateur, de l'un des narrateurs, plutôt, sait ce qui se passe chez sa belle-soeur par une femme à son service dont le frère est valet dans l'autre villa. Quand une rame se présente enfin, et qu'il se lève, son visage aux traits tirés se confond, sur les vitres, avec ceux de l'homme et de la femme assis au fond du parc. Anaïs marche donc d'une maison l'autre, dans les deux sens, par un passage entre les jardins qui déjà, quand le récit commence à s'écrire, n'existe plus, ne peut plus être retrouvé. Avec ceux, aussi, de quelques passagers, étrangers pour la plupart, installés à l'intérieur de la voiture, derrière les vitres.
Il écarte avec effort les deux pans aux motifs dédorés de la portière et va s'asseoir, d'un pas hésitant, à côté d'un adolescent blond dont le blouson en imitation de cuir noir porte un W brodé sur la poche. Elle court sur la pelouse en direction de la grille qui limite son parc sur l'avenue. Le bas de sa robe, longue, est tenu en arrière de manière un peu outrée, stylisée, tandis que les voiles des porte-fenêtres, sur le perron, sont au contraire attirés vers l'extérieur et se tiennent en suspens dans l'air presque frais qui suit le coucher du soleil, loin du sol. La silhouette est figée en un équilibre précaire, qu'accentue encore la pente, assez forte. On entend retentir la sonnette, mais le tramway n'apparaît pas encore tout à fait.
Le peintre, étrangement, a décidé de limiter sa palette à deux couleurs, et ce parti pris l'a contraint à recourir à la nuance et à de subtiles variations dans les passages. Le tableau occupe d'habitude le mur du fond, celui qu'on a sur sa gauche lorsqu'on écrit, à cette époque, le profil parallèle à la fenêtre. Mais ces jours-ci il a été prêté par Mme Martin, la vieille dame qui lui loue une chambre garnie dans son appartement, à un conservateur venu lui-même l'emprunter pour la durée d'une rétrospective. Son emplacement normal, habituel, normal, est toutefois indiqué très sensiblement, sur la tenture, par un rectangle plus clair. Son emplacement normal est toutefois indiqué sur la tenture par un rectangle plus clair. À moins qu'il ait été remplacé, provisoirement, par une autre toile qui représenterait alors le Passage de la Mer rouge, dont les flots écartés, inutile de l'écrire, sont du vert le plus cru. Mais probablement pas. Mais probablement pas.
Toujours est-il qu'au mur où s'ouvre la porte, en face de la table, n'est accrochée qu'une seule gravure, qui montre un bazar d'aspect plus ou moins serbe, où de vieilles femmes, branlant du chef, débitent à tort et à travers des récits sans suite. C'est sans doute un souvenir de son voyage de noces.
La vue, au-delà du balcon, au-delà des arbres des couvents, des missions, des ministères ou des ambassades, atteint jusqu'aux tourelles de Passy et, plus au sud, vient buter sur la terrasse de Bellevue et sur les bois de Verrières. Son père, comme on le verra par la suite, dirigeait à Trieste une affaire de transit, ou bien un cours de langues. Elle a épousé un Croate qui donnait là des leçons d'anglais.
Mais le regard s'abaisse. Mais le regard s'abaisse. Tout cela demanderait à être examiné, recoupé, vérifié, ne serait-ce que le nom, peu vraisemblable à moins qu'elle ait changé d'identité ; ce qui est d'ailleurs fort possible, car elle est engagée maintenant, avec d'autres exilés, dans de vagues plans de subversion dans son pays, de partition, de renversement du régime, de subversion, on ne sait trop quoi.
Des angélus traversent l'air et me distraient, tout en ponctuant ma journée : avant, après, avant, après. Sur la table est posée une photographie de Tom, avec lui, à Kew Gardens. Les deux garçons sont côte à côte. Les deux garçons sont côte à côte. Mais l'un fait face à l'objectif tandis que l'autre, le visage tourné très sensiblement vers la droite, le visage tourné très sensiblement vers la droite, regarde au loin, une main au-dessus des yeux. On ne peut voir son visage qu'à profil perdu. On ne peut voir son visage qu'à profil perdu.
Le soleil se couche derrière la serre gigantesque, embrasée d'un feu doré. Les nuages et leurs mouvements se réflètent encore, pourtant, sur la masse de verre convexe, scandée seulement par le jeu de fines armatures qui dessinent d'innombrables rectangles et carrés. Et l'on distingue, à l'intérieur et à contre-jour, atteignant presque le toit, le faîte de grands palmiers.
Pour ses dessins préliminaires à sa Veduta de je ne sais plus quelle aristocratique résidence du Middlesex, Canaletto s'intalle un peu plus loin, près du fleuve. Il est introduit à Londres, on s'en souvient, par l'intermédiaire du consul d'Angleterre à Venise. Ils vont aussi, d'autres après-midi, ou le même, à Richmond et à Greenwich. L'index italien, unreliable as it is mentionne une Vue de Greenwich, conservée au musée maritime. C'est la plus jolie façon. C'est la plus jolie façon.
Deux murs parallèles enserrent un étroit passage entre deux terrasses, qui permet d'accéder au fleuve. Sur l'une des terrasses, perpendiculairement à la balustrade, on peut voir deux bancs blancs de part et d'autre d'un autre, vert celui-là, plus petit, tous inoccupés. Quelques marches s'élèvent vers la seconde. Quelques marches s'élèvent vers la seconde. Ce détail, d'un point de vue d'ailleurs assez différent, s'observe à la fois dans les reproductions 31 et 36.
La première est d'une toile intitulée London : the Thames and City seen from Richmond House. This painting (with its pair the view of Whitehall from Richmond House) was thought to have beeen one of Canaletto first products after arriving in London. Sur la terrasse de gauche, un homme en habit sombre, un révérend peut-être, joue au croquet ou au palet ; à moins que ce ne soit un jardinier qui balaie. Deux femmes sont appuyées à la balustrade. Deux femmes sont appuyées à la balustrade. L'une d'elles fait signe aux rameurs, sur la Tamise ; ou bien elle désigne à sa compagne un point particulier du panorama.
Les mêmes lieux sont déserts mais les arbustes ont grandi dans London : Whitehall and the Privy Garden, reproduction 36. A very fine painting. On the extreme right is Richmond House (see Plate 31) and the stables. Dans le livre anglais, le commentaire fait remarquer, de cette dernière oeuvre, l'audace de la composition. Un vaste mur, en effet, représenté de haut et dans toute sa longueur, sépare Whitehall du Privy Garden, et divise la toile en deux parties rectangulaires égales : few other artists would have attempted such an uncompromising problem of perspective.
Lorsqu'elle lui fait part un soir, sur le Cours-la-Reine, du surnom de la ville, le récit dont deux côtés jusque là si éloignés, apparemment, vont soudain se rapprocher, se lier, se confondre presque, est à peu près terminé. At any rate the painting went back with him to Venice. Le détail qui est offert, en regard de la reproduction complète, montre précisément, encore une fois, le singulier passage vers le fleuve, au pied des marches, entre les deux terrasses. Lui découpe de minuscules images. Lui découpe de minuscules images. Le réseau se resserre. Le corps de Marin-Laflèche est retrouvé dans les bois. Le corps de Marin-Laflèche est retrouvé dans les bois. Les Mariannes décrivent dans l'océan un grand arc, au nord des Carolines.
Les murs parallèles, apparemment inutiles, abondent à un tel degré qu'on serait tenté d'y voir l'effet d'un étrange fantasme de l'artiste, si on ne les savait attestés dans la réalité et si on ne connaissait son souci de vérité. Le jardin est étroit, profond, tout en longueur. Le bureau a trois hautes fenêtres, des jalousies toujours baissées, un ventilateur au plafond. Quel roman cela ferait, ce que j'ai vu… ce que j'ai entendu… Enfant mon père m'emmenait avec lui dans les Comptoirs, dans les Loges, à travers tout le Deccan.
Elle a connu depuis un siècle tout ce qui en Inde avait un nom. Intime avec le vice-roi.
Halifax ?
— Oui, celui qui fut plus tard chargé des Affaires étrangères, dans le cabinet conservateur. Vraiment il ne voit pas, et d'ailleurs quelle importance ? Vous avez employé deux ou trois fois le mot « reprise » dans votre narration. Quel rôle joue-t-il au juste ? Ambassadeur aux États-Unis. Deux soeurs déjà âgées, et qui ont connu des revers, y habitent une maison retirée d'où la vue plonge sur le port et l'océan. Ça me paraît clair. Ça me paraît clair. Ça signifie que l'on reprend une chose dont on avait interrompu le cours pour une raison quelconque. J'ai pu confondre.
Ayant découvert qu'elle lui a menti, Mark parvient, grâce aux services d'un détective, à retrouver la trace de Marnie. On ne peut pas tout raconter à la fois, il y a toujours un moment où une histoire bifurque, ou fait un bond en avant, ou se met à proliférer. Tenez, voici un exemple : le véritable nom de Michèle Morgan est Roussel. J'ai vu pour la dernière fois Eugène, l'Acadien, l'auteur de Le Chef d'orchestre callipyge et autres récits, un dimanche après-midi, lors d'un bref passage à New York, alors que je rentrais de l'Indiana, où mes cours venaient de prendre fin.
Aux quadrillages de verre, les nuages enserrent un visage de femme tourné vers le ciel. Ce qui semble acquis, c'est que des vérandas à colonnes partent des perrons et l'entourent. Elle est ouverte et vide. Elle est ouverte et vide. Lui marche seul, toujours suivi du setter roux, dans l'espèce de grand parc où sont éparses les maisons des professeurs. Les vacances ont laissé la petite ville à elle-même. C'est la fin de l'été indien. C'est la fin de l'été indien. Le campus est désert. Et, dans la bibliothèque, pas un chat. Entre les pans de livres on peut se frayer un passage, laisser aller la main sur le dos des reliures, s'en remettre au hasard. Et au revers de la jaquette, sous la photographie de l'auteur (hair parted in the middle), Denis Duparc est né en 1950, dans le Centre. Fils d'un consul, il passe la plus grande partie de son enfance dans divers pays étrangers, notamment en Italie et en Inde. Paris. Cambridge. Lecteur dans une université, il publie de nombreux articles en anglais sur Pessoa, Roussel, Duchamp, Duras, le Nouveau Roman, Tel quel, Barthes, Ricardou, Mazo de La Roche, etc. Prépare un essai sur le peintre Robert Indiana. Central Park est son premier roman. Il habite New York.



La centième première phrase, ma première première phrase. "So of course" wrote Betty Flanders, pressing her heels rather deeper in the sand, "there was nothing for ot but to leave". Il tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi. L'été passait, un peu moins clair chaque jour. À peine franchie, sous les nuées, cette sombre ligne de faîte, tout le pays, en contrebas, dispense des reflets.
Dans la vitrine, une dizaine de jambes de femmes identiques sont alignées, le pied en haut, la cuisse sectionnée à l'aine reposant sur le plancher, le genou légèrement fléchi. Ah ! — La gondola, gondola ! "Yes, of course, if it's fine to morrow." Ce jeudi de commençant avril, de bonne heure. Il y eut d'abord le parc. Temps couvert. Rien. Le blanc fut donné comme présent (État). On imaginerait un monde chaotique. Elle marche, écrit Peter Morgan.
La carte postale représente une rangée de palmiers. Jaune et puis noir temps d'un battement de paupières et puis jaune de nouveau : l'une d'elle touchait presque la maison et l'été quand je travaillais tard dans la nuit assis devant le fenêtre ouverte je pouvais la voir ou du moins ses derniers rameaux éclairés par la lampe. Et la vue, les vues.
Sur la terrasse de l'ambassadeur, aux yeux ces lunettes vertes achetées à Venise avec Marc, imaginant, imaginant : une jalousie tirée, une silhouette de femme, ce que sera le Sud, le grillage aux fenêtres, et la lumière.
À Calcutta, aussi, mais alors un enfant, vraiment : dans le parc, l'homme qui marche , avec son costume blanc, n'est aperçu que par intermittence, aux jours de la balustrade. Le papier à petits carreaux est couvert d'une écriture régulière, déjà. « Comme le temps passe ! » Car le balcon de la rue du Bac est tapissé d'un treillis vert. Combien de feuilles blanches, quadrillées, étalées alors, vainement ? Et quelques femmes sont allongées sur des chaises longues, autour d'un jet d'eau. Mais la plupart de leurs paroles indistinguables.
C'est un jardin étroit, profond, entre deux murs parallèles assez bas. Lui et ceux qui l'entourent, vus de haut, forment une espèce de grand parc. On aperçoit vaguement, dans le lointain, le filet, les lignes blanches, et deux garçons à leur partie. Dernier tennis privé de Paris, d'après elle. Et plus tard :
Service ! crie l'une des voix.
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Modifié par VS 19/06/2011 16:23:19