Commentaire de l’auteur
Quel singulier destin que celui de Piero della Francesca, « peintre sublime » sombré progressivement dans l’abandon puis dans l’oubli. S’il invente le lieu clair, sa peinture, que traverse de part en part le sommeil – Songe de Constantin, repos des soldats dans la Résurrection de Borgo, sommeil invisible de Dieu dans le ventre de la Madonna del Parto –, s’avère aussi une puissante orchestration des forces de la nuit. En ses palissades de silence, ses étendues marmoréennes et pâles qu’expriment si bien les espaces, les places vides, les villes désertes, là où défilent des reines lentes, où s’agenouillent des orants, tout dit ici l’opacité des êtres et l’imprenable abîme où ils se tiennent. C’est de ce secret, savamment distillé dans la forme, éclairci par la lumière, et que le peintre lui-mÍme probablement ignore, que je voudrais m’approcher.