Photo © Renaud Camus
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Travers, 14

14. On pourra facilement constater qu'à la date mentionnée, ni depuis, aucun vol de la compagnie Varig n'avait pour point de départ, ou d'arrivée, l'aéroport du Bourget. On aura donc intérêt à imaginer, au nom de la vraisemblance, que les événements plus haut rapportés ont eu pour cadre l'un des deux autres aéroports internationaux alors en service à Paris. Certains détails obscurs seraient alors mieux explicables, comme la présence de Ramon de Castro, entretenu sur un tel pied, selon la légende, par Antonio La Roque, son protecteur, un grand collectionneur argentin d'origine basque, que l'on voit mal pourquoi il voyagerait en charter. Ceci dit, ou plutôt cela dit, comme me corrigea un jour très justement Robbe-Grillet à Cerisy, je l'ai souvent rencontré au Sept, rue Sainte-Anne, et il a toujours nié, plus ou moins explicitement, être entretenu par qui que ce soit. Il travaillait pour La Roque, et effectivement il semble être directeur d'une nouvelle galerie, rue Saint-Romain, qui expose uniquement, d'après ce que je comprends, et assez étrangement, de jeunes peintres de l'avant-garde tchèque, whatever that is. Peut-être sert-il seulement de prête-nom, pour d'obscures raisons de taxes. Quant à Me Servart, que je crois d'autre part tout à fait incapable d'avoir jamais participé, de près ou de loin, à cette mise en scène douteuse, le pseudonyme de Brioche, qui lui est attribué ici, est d'autant plus cruel qu'après trois mois d'une cure de sommeil du côté de Montreux, il a réduit de moitié. En revanche, puisque nous en sommes à ce chapitre, la pauvre Marie-Laure (celle qui demanda un jour à la reine des Belges combien elle avait de jardiniers : — Neuf ? Chez moi, au Portugal, nous en avons soixante-trois) a eu beaucoup moins de chance avec son traitement. Elle s'était fait retendre le visage, à Rio. On venait de lui retirer ses bandelettes. Elle était enchantée de son nouveau masque lorsqu'elle lut dans un journal français que sa pire ennemie, Diana Russel, tirant avantage (jugea-t-elle immédiatement) de son absence, donnait le lendemain à Paris un bal qui, d'après le chroniqueur, un certain Bouvard, serait l'épisode le plus marquant de la saison. Elle décida aussitôt d'y paraître coûte que coûte, et de terrasser une fois pour toutes sa rivale par le double coup de théâtre de sa présence et de sa jeunesse retrouvée. Bon : bien entendu, dans l'avion, les cicatrices s'ouvrent, elle a le cou en sang, tous ses traits se détendent. Et bien, vous me croirez si vous voulez, mais sans trop de peine si vous savez ce que sont les investissements de la banque La Roque à São Paulo et du côté de Manaos : ils étaient déjà au-dessus de Recife ; le pilote n'en a pas moins reçu de la direction de la compagnie l'ordre de revenir à Rio !
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Modifié par Renaud Camus 10/08/1978