Photo © Renaud Camus
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Travers, 3

3. Je défie le lecteur objectif, si indulgentes que soient ses dispositions, de rien trouver de « comoréen » aux entrepôts de Bercy. Il fera donc mieux, si l'occasion lui en est un jour offerte, de s'intéresser aux apparitions anormalement nombreuses, et toujours aussi faiblement motivées, de cet adjectif chez Duparc. Je ne citerai que le poème suivant, inédit, Glory of Riverside Drive, qui me semble bel et bien de lui, malgré ses dénégations :
not seen
yet not unforeseen
not told
yet not unheard of
oh pricks do have something to say
on whether or not we'll be given time
to coin by the print of our feet on the shore
unbreakable thoughts
on how short is life
of what good will it have been
not to have sucked off the fair-haired cop
who did say you could make five bucks
in the Rambles
glory of Riverside Drive I wish I had known then
that friendliness of my body will it ever come again
when I ran back at night from the Thalia
with no shirt on white slacks and the summer rain
over the orgiastic shadows
and there were mornings too when one would walk
after sleepless nights
along the piers and rusted rails
past comorean customs
down to where an awkward
France would lie
amid rusted waters
and there were long days struck on the beach
with sand in your Derrida
and hairy young swimmers from the dunes
trying to drag you along
to the doorless loo
not seen
yet not unforeseen
not told
yet not unheard of
(12 mars 19..)
Ici comme là, les Comores sont associées à des rails rouillés. Personnellement, j'aurais tendance à imaginer un de ces dessins aux contours imprécis, inspirés le plus souvent d'une photographie impossible à reproduire, tels qu'il en abonde en ces épais numéros, reliés année par année, de L'Illustration ou de Lectures pour tous, où Denis enfant vivait plongé. Ils firent sur lui une si forte et si durable impression, il me l'a confié un jour, qu'ils ne hantent pas seulement ses rêves, ils obsèdent ses insomnies.
La famille régnante d'Autriche est réunie autour d'un immense canapé aux bandes de couleurs alternées, vertes et blanches. L'empereur, jeune encore, a des favoris blonds, et porte un uniforme invraisemblablement serré à la taille. D'après l'image suivante l'impératrice, bien des choses s'étant passées entre-temps, est allongée sur un transatlantique, la tête légèrement rejetée en arrière, rêveuse et contemplant la mer, dans son jardin de Corfou : le nom de ce palais est un hommage à son héros favori, qu'une statue gigantesque, à l'arrière-plan, représente mourant, nu mais casqué encore. Quelle chanson chantaient les Sirènes ? Quelle chanson chantaient les Sirènes ?
L'archiduc Jean, à la suite d'histoires embrouillées, qui n'ont jamais été tout à fait éclaircies, s'embarque sur un voilier à destination de l'Amérique du Sud, et disparaît à jamais du Côté de la Terre de Feu. Orélie-Antoine Ier, ex-roi des Araucans, après diverses aventures dans les Andes, vit retiré à Tourtoirac, où il est plus ou moins notaire. Un journaliste anglais en voyage rencontre par hasard dans la forêt son royal cousin, le futur Prisonnier de Zenda, et croit contempler un miroir. Un long article, orné de caricatures inoubliables, est consacré aux plus excentriques arrangements de cheveux et de chapeaux au temps de Marie-Antoinette : certains atteignent dix pieds de haut, et l'artiste, pour y mettre la dernière main, est monté sur une double échelle, à moins qu'il ne se serve de ciseaux aussi grands que lui-même ; d'autres sont dits à la frégate, et constituent sans doute un hommage à quelque navigateur de l'époque, La Pérouse probablement. Une pièce de théâtre, à laquelle manque une livraison, a pour cadre un manoir dont la propriétaire est fiancée au substitut du Procureur du roi, sous la Monarchie de Juillet : un jeune peintre, poursuivi à tort, car il est clairement la victime d'une confusion d'identité, pour un crime dont la nature exacte n'est d'ailleurs jamais précisée, se cache dans les parages ; il laisse des traces de pas sur les plates-bandes du jardin, et casse même deux ou trois tuteurs de rosiers, en tentant de s'accrocher au treillis de la tour ; la jolie femme de chambre de Madame le recueille, et le déguise, en lui prêtant ses propres vêtements, mais le jardinier, qui porte un long tablier de lin écru et de beaux favoris noirs, est plein de jalousie et de soupçons ; de toutes façons, c'est dans les bras de la maîtresse de maison que tombera finalement le dangereux criminel blanchi, à la double tristesse résignée de Monsieur le Substitut du Procureur du Roi (qui insiste pour qu'on lui donne chaque fois son titre, sans l'abréger jamais : this is royal fun). Etc. Des jeunes filles sont assises dans l'herbe, sur le campus d'un collège nippon semblable au pavillon de la Cité universitaire où Archie, le Paraguayen, et son ami Marcio (ils étaient noirs de poils, avec des queues volumineuses) entraînent un jour un étudiant en Histoire rencontré dans les chiottes de Dauphine, et qu'ils enculent à tour de rôle, des heures durant, non sans faire appel, pour les relever, à tous leurs voisins d'étage (tout l'après-midi ce fut un va-et-vient de mecs qui me bourraient, en soupirant et en jurant dans leur langue. Je suis reparti fadé. J'ai rejeté un bon litre de foutre, et j'ai dormi dix-neuf heures d'affilée. J'aime ça. Si intéressé, D.R.V. sérieux (porte de gauche, toilettes du bout du couloir, côté boulevard Lannes, troisième étage)), et l'une arbore des lunettes rondes cerclées de fer, toutes sont en chemisier blanc et en jupe longue, deux en cheveux, mais la plupart portent des chapeaux plats avec des fleurs et des alouettes, et ressemblent à la reine Mary. Elle n'était alors que princesse de Galles, ou plutôt non, pas même, puisque Victoria n'était pas encore morte, à Osborne, et que son mari était seulement duc d'York. Le tsar, qui lui ressemble comme un frère, emprunte le premier un pont à l'armature de fer, dont le tablier repose sur une seule arche, et qui a reçu, pour marquer la jeune alliance franco-russe, le nom de son père. Le soleil se couche derrière le Grand-Palais, embrasé d'un feu doré. Etc. : Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas situées au delà de toute conjecture.
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Modifié par Renaud Camus 19/12/2006 10:47:16