Quatrième de couverture
L’une de mes aïeules, s’il faut en croire telle
rustique parabole de la tradition familiale, reprochait à
son époux de reprendre, à table, du pain pour finir
son fromage, puis du fromage pour finir son pain ; et,
j’en ai peur, ainsi de suite. Vigiles mène
à son terme, septembre 1987, la relation quotidienne de ce
séjour à la Villa Médicis dont avait rendu
compte, jusqu’à la fin de 1986, et non sans un
maniaque scrupule d’exhaustivité, déjà,
le précédent Journal Romain ; puis,
cette tâche accomplie, le présent volume en profite
pour suivre à son tour l’année vers sa
clôture. Après quoi, c’est à craindre, il
n’y a plus vraiment de raison de
s’arrêter…
La graphomanie s’affiche ici pour ce qu’elle est,
entreprise échevelée d’écriture de la
vie. Et le journal, lorsqu’il prend ces proportions
déraisonnables, se désigne sans l’avoir voulu
comme le genre et le lieu par excellence de cet échange
entre tous délectable, des heures avec les mots, des ciels
avec les points et les virgules, des plaisirs avec les
guillemets, des mélancolies même avec les
paragraphes. La fenêtre, la montre, la phrase : une
unique syntaxe d’être. Le diariste éperdu
ponctue directement la matière même des jours.
Qu’il y ait une allégresse à cette perversion
comme à toutes, c’est bien la moindre des
choses ; elles coûtent assez cher !
S’écrire tout entier, c’est jouir au plus
près d’une fusion fébrilement fabriquée
sous l’instance indifférente de la langue, entre
l’individu, fût-il isolé comme personne, et tout
ce que ses yeux, ses attentes, ses nerfs, ses colères, ses
désirs, ses passions, son absence même et ses
insomnies, sont capables d’offrir à sa
littérale dispersion : tableaux, adagios,
actualités, jardins, Siciles et voluptés ;
autres récits, autres prunelles, autres vigiles.
Vous avez déjà lu ce livre ;
c’était pendant que je l’écrivais. Vous
vous y retrouverez certainement, quoiqu’il y soit peu
question de vous : car il n’est pas possible que
votre regard, par dessus mon épaule, n’ait pas
laissé de trace entre les lignes.
R.C.